« Celui qui déploie du CS est conscient qu’il peut tuer »

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Des disputes au sein du ministère de l’intérieur à propos du gaz de combat CS utilisé par la police : on en tire vers Brokdorf et Wackersdorf, des régions régies par la CDU-CSU, où des opposants au nucléaire ont subi une exposition à ce « super gaz lacrymogène » CS, et des médecins préviennent d’une méconnaissance de sa toxicité mettant la vie des manifestants en danger. 
Les manifestants ont subi des oedèmes du poumon, des chocs respiratoires et ont eu besoin de soins pour la peau. Les Länder dirigés par la SPD n’utilisent pas ce « gaz du diable », alors que le ministère de l’intérieur CSU/CDU prétend que le gaz n’est pas si dangereux et serait « médicalement inoffensif ».

Dans la ville de Linnich, les forces de l’ordre ont pu assister à une manifestation inhabituelle dans la cour de la police anti-émeute. Un homme seul s’est placé devant les canons à eau et a résisté jusqu’à ne plus pouvoir tenir debout avant que des médecins et des secouristes ne s’occupent de lui.
Cet homme, c’est Herbert Schnoor, 59 ans, ministre de l’intérieur du Land Nordrhein-Westfalen, et l’essai réalisé avec la force du canon à eau était en réalité un essai cobaye avec ce gaz controversé, le CS.
L‘expérience du ministre sous le jet de ce mélange de gaz CS et d’eau était, selon son porte-parole Reinhard Schimdt-Küntzel, « dégrisante et dévastatrice ». Après sa douche de gaz, Schnoor s’est senti comme « détruit » et « comme si une grosse bête venait de me vomir ». Pour les observateurs, il semblait « comme choqué, désorienté, étourdi et on ne pouvait pas lui parler pendant plusieurs minutes ».
Schnoor ne voulait même pas souhaiter à ses pires contradicteurs de se retrouver dans un tel état. « Tant que je serai ministre de l’intérieur », décida cet élu SPD après cette expérience de gazage lourde en conséquences, « la police de Nordrhein-Westfalen n’utilisera pas de gaz CS ».

Aujourd’hui, cinq ans après le test réalisé par le ministre, les habitants de Nordrhein-Westfalen comme le dit Schmidt-Küntzel, ne se sentent pas juste « confortés dans leur scepticisme ». Ils sont « vraiment soulagés » que dans leur région, malgré les ordres contradictoires, « on est restés clairement contre l’utilisation du CS ».
Car ce que Schnoor a expérimenté sur lui-même et que ses collègues des autres Länder régis par la CDU-CSU ne voulaient pas admettre, s’est avéré être une réalité dès la première utilisation du gaz CS contre les manifestants anti-nucléaire de Brokdorf et Wackersdorf. Ce gaz lacrymogène est le Chlorobenzylidenemalononitrile (CS – d’après le nom de leurs inventeurs Corson et Stoughton). 
Le bilan réalisé par des médecins a montré qu’il agit plus fortement et plus rapidement que le gaz lacrymogène habituel Chlorocétophénone (CN) et est d’après les médecins bien plus dangereux.
Le médecin Wolf-Dieter Grahn, de Schwandorf, qui a reçu plusieurs victimes du CS dans son cabinet, dit « ne plus être convaincu que ce gaz, comme tout le monde le prétend, serait si inoffensif que ça ». Le toxicologue Karl-Heinz Summer, travaillant à la société de recherche sur les ondes et l’environnement dans la ville de Neuherberg en bavière, en arrive à la conclusion que « chaque utilisation de CS », auquel les manifestants sont exposés et avec lesquels ils sont chassés, « est un danger d’un point de vue toxicologique ». Le chimiste Rainer Grießhammer de Freiburg, à l’institut de recherche sur l’environnement, tient les risques comme « incalculables » : celui qui déploie du CS contre des manifestants, que ce soit par canon à eau ou par grenade, agirait « volontairement avec négligence » affirme le scientifique, et « accepterait de prendre le risque de tuer des innocentes victimes ».
Même pour les experts du ministère de l’intérieur de Düsseldorf, « les soupçons qu’à l’échelle individuelle, il existe une bien plus grande sensibilité au gaz CS [que ce que l’on pensait jusque-là] ». Dans une analyse confidentielle qui a été récemment présentée au ministre, les fonctionnaires préviennent des effets très intenses (Schnoor) de hautes concentrations, « surtout quand on pense que les vêtements imbibés de CS sont encore portés pendant un moment après le gazage ». De plus, « lorsque la pression sanguine pré-existante était déjà assez élevée », dit la note, « il faut s’attendre à des complications ».
Le gaz controversé et ses conséquences sont en ce moment également un sujet pour la littérature médicale et scientifique. Dans une interview du « journal des médecins », le toxicologue spécialiste des poisons Max Daunderer parle de « 40 patients gravement atteints » dans son ambulance toxicologique après utilisation des gaz CS par la police, avec leur schéma clinique complet. Dans la revue spécialisée « Dermatoses », Thomas Fuchs et Hellmut Ippen, experts de la peau à l’université de Göttingen, sont très critiques vis-à-vis des gaz de combat CS et CN, « depuis des décennies, ces gaz sont utilisés comme arme de guerre militaire avec des conséquences graves sur la santé avec les personnes exposées, et que ces derniers sont maintenant utilisés comme moyen de combat par les forces de l’ordre ».
L’avertissement inhabituel d’autant de médecins et de scientifiques s’appuient sur des résultats médicaux après le gazage massif devant le grillage de l’usine de retraitement nucléaire (WAA) de Wackersdorf et au réacteur nucléaire de Brokdorf, qui a été mis en œuvre en Octobre dernier.
Des centaines de manifestants se sont présentés comme malades après le gazage massif des forces de l’ordre, et certains ont dû être hospitalisés. Les médecins traitants et les spécialistes de toutes parts ont été confrontés à des schémas cliniques jusque-là inimaginables.
Le médecin interne de Schwandorf Walter Angebrand a été « très étonné » de voir des brûlures au premier et au second degré chez ses patients, mais aussi des blessures aux yeux ou des oedèmes toxiques du poumon, « comme on n’a jusque là pu en voir uniquement «en intérieur dans des pièces fermées ou dans des accidents », confirme le toxicologue Daunderer.
Une habitante de Wackersdorf, de 23 ans, avait encore des séquelles 10 semaines après le gazage. Cette sportive de haut niveau, pratiquant le Karaté, s’était rendue avec plusieurs centaines de personnes devant le grillage du WAA. A peine arrivée, une grenade lacrymogène de la police a explosé tout près d’elle, et en quelques secondes dit-elle « j’étais tombée dans les pommes ». Comme elle n’arrivait plus à respirer, et que le médicament des médecins, un simple Spray, « n’avait pas vraiment d’effet », elle a été emmenée aux urgences à l’hôpital.
Par chance, l’urgentiste des soins intensifs a identifié un début d’œdème pulmonaire et un choc respiratoire, qui a causé une « sévère mise en danger de sa vie ». Ce n’est que par un enchaînement d’« heureux hasards » : la rapidité du traitement médical sur place et le transport rapide, que « la vie de la fille a pu être sauvée » renchérit le médecin.
La forme des blessures sous les gaz de Brokdorf et Wackersdorf était tout aussi compliquée et problématique. Des jours après leur retour à la maison, les médecins des manifestants ont encore pu observer des « douleurs à la poitrine » et des « difficultés respiratoires , qui étaient les plus intenses après 8 jours » comme il est indiqué dans un diagnostic dans la ville de Schwäbisch-Gmünd.

Après la publication en Juin, les manifestants de Brokdorf se sont plaints dans les cabinets de leurs médecins de « douleurs à la poitrine, d’irritations de la cornée et de fissures dans la peau, parfois avec des saignements, ou encore des douleurs dorsales ou des crampes d’estomac », qui leur semblait « gonflé comme un ballon ».
Les plus touchés étaient les habitants de Oberpfalz, qui ont protesté durant des mois contre la reconstruction de la centrale de Wackersdorf.
Le libraire de Schwandorf, Erwin Mayer, un homme de 100kg, ne cessait d’avoir des cloques sur les jambes pendant deux semaines, aussi grosses qu’une pièce de monnaie. Il lui a fallu un traitement intensif à la cortisone pour les faire cicatriser et reculer. Les médecins ont diagnostiqué une « dermatite toxique ». Cäcilia Hartl, 49 ans, femme au foyer à Burglengenfeld, a toujours été en excellente santé, faisant de l’escalade et gravissant des sommets de plus de 3000 mètres. Mais depuis sa participation à la manifestation anti-WAA, où elle a reçu une grenade lacrymogène à ses pieds. Elle « n’arrivait plus à respirer » et a eu un moment de panique dans lequel elle a pris la fuite. En rentrant chez elle, elle a remarqué « des cloques dans son nez » et elle avait « des douleurs dans la bouche ».
Une semaine plus tard, c’est devenu très grave. Elle se plaignait de « crises d’essoufflement sans raison, de pus, d’yeux grossis »… D’après le médecin, elle était pendant plusieurs jours « affaiblie du fait d’une intoxication, en incapacité de travailler ». Escalader ? « Rien », dit-elle, cela fait « des mois qu’elle ne peut plus grimper une montagne. »
Des cas comme Cäcilia Hartl, il y en a eu beaucoup en Oberpfalz, où les manifestations contre les centrales nucléaires ont eu lieu. C’est surtout là que les médecins ont pu faire « la nouvelle preuve », comme le toxicologue de Munich Daunderer le dit, que dans les cas de gazage au CS « en règle général il s’agit de symptômes de toxicité » et non pas d’allergies.
Daunderer, c’est l’auteur du seul manuel en Allemagne de l’Ouest pour la toxicologie clinique. Il a découvert dans son ambulance des « choses totalement inconnues dont on ne savait encore rien jusque-là ». Cet expert des poisons reconnu à l’échelle internationale, qui est aussi intervenu dans la catastrophe chimique de Bhopal en Inde a diagnostiqué chez les victimes du CS :
– Une tendance clairement plus élevée au saignement des gencives ou du nez
– Une élévation du taux de ferritine, comme chez les alcooliques (qui ont des dommages du foie aigus) 
– Un très lourd abcès au cou à côté des amygdales avec un coincement de la mâchoire très prononcé qui pourrait dans les cas les plus grave causer la mort sans opération
– Des marques rouges ressemblant à des piqûres de puces qui indiquent par leur effet qu’il s’agit de formes de brûlures.
Les pharmacologues de l’université Ludwig Maximilian de Munich ont, avec des analyses de laboratoire, confirmé les observations de Daunderer. L’effet du CS, comme le dit le professeur de toxicologie Werner Lenk, provoque dans le sang humain une « hémolyse », une forme de « remplacement du sang », dans lequel les « globules rouges vont éclater » et qui « réduisent le transport d’oxygène ».
Les découvertes médicales faites sur environ 200 patients du CS sont impressionnantes, comme le craignaient déjà les critiques du gaz, mais ce qui était contesté par les politiciens du CDU/CSU qui de leur côté se reposaient sur des scientifiques.
Les ministres de l’intérieur des Länder dirigés par la CDU/CSU ont ajouté ce « super gaz lacrymogène » à l’arsenal policier, comme s’en félicitait le gouvernement fédéral. Le bavarois Karl Hillermeier (CSU) et le ministre de l’intérieur de Kiel Karl Eduard Claussen (CDU) ont été les premiers à commander du CS. Les deux politiciens se sont appuyés sur la commission technique de la conférence des ministres de l’intérieur (IMK) qui a estimé que leur utilisation était « médicalement non dangereuse ». Même le tout récent « Lexique de la Police » de Reinhard Rupprecht, dirigeant ministériel dans le ministère de Bonn de Friedrich Zimmermann, ne voit « pas de raison d’arrêter » l’utilisation du gaz CS « qui ne devrait pas causer de dommages s’il est utilisé comme prescrit ».
Les référents de l’IMK prétendent toujours que les effets du CS ne sont que de l’inconfort, sans danger, comme « irritation du nez, de la muqueuse pharyngée, clignement et spasmes des paupières, larmes et écoulement nasal, salivation, brûlures de la peau, éternuements, nausées, sensation d’essoufflement et anxiété, rougeur de la peau. », des effets qui « s’estompent en 20 à 30 minutes ».
Les experts de la sécurité de l’IMK valorisent l’utilisation du CS plutôt que l’utilisation du CN qui était utilisé traditionnellement jusqu’ici : 
– le CS agit plus vite et plus fort sur les personnes non protégées que le CN à concentration identique
– le CS a un effet plus limité dans l’espace et dans le temps que le CN
– Manifestants et policiers qui sont éloignés du lieu de déploiement ne sont pas affectés
– Les personnes ayant subi des effets se rétablissent plus vite
Les risques pour la santé sont totalement ignorés par les spécialistes de l’IMK. « Médicalement, tout ceci est totalement impossible » dit le médecin spécialiste Angerbrand qui répète son ode au CS « je ne sais pas qui a observé ça ».
Après les événements de Wackersdorf et Brokdorf, la dispute politique autour du CS a rapidement pris un nouveau tour. Les oppositions ne pourraient être pires : l’ex ministre de l’intérieur bavarois Hillermeier, que ses opposants appellent « Killermeier », évalue le CS comme « étant inoffensif sur le long terme » alors que son collègue (SPD) du Saarland Friedel Läpple ordonnait plutôt que « l’extrême dangereuse diablerie qu’est le CS soit définitivement bannie de l’arsenal policier ». 
C’est ce qu’on fait en conséquence les gens de Breme. Ils n’utilisent pas de gaz CS et ne le stockent pas non plus. Si des policiers de Breme sont déployés dans d’autres Länder, ils n’ont toujours pas le droit d’utiliser du CS. C’est le seul Land qui a, dans le règlement de la police, banni totalement ce gaz.
Cette évaluation différente du CS met en danger le fonctionnement conjoint des polices des différents Länder qui s’entraident en cas d’urgence, pourtant bien rodée depuis des décennies. Les policiers de bavière et de badenwürttenberg ont soutenu leurs collègues de Hesse dans les altercations autour du train de Francfort sur les rails ouest. Et lors de la célèbre bataille de Brokdorf de 1981 mais aussi cet été, les fonctionnaires de plusieurs Länder se sont entraidés.
Cette coopération au-delà des frontières des Länder risque de bientôt se terminer, annonce Läpple du Saarland. En Hesse, où la SPD doit prendre garde à ses partenaires chez les verts, le travail collectif avec les policiers d’autres Länder a été remis en cause depuis longtemps. D’un autre côté, le président ministériel Franz Josef Strauß de bavière menace de ne plus envoyer aucun fonctionnaire bavarois en Hesse, si leur santé est « mise en jeu avec autant de légèreté » comme il l’a ressenti dans les émeutes anti-nucléaire début Novembre à Hanau.
Le ministre de l’intérieur du Saarland veut à nouveau mettre ce thème de discorde « à l’ordre du jour » de la prochaine conférence des ministres de l’intérieur. Comme les gens de Breme, Läpple ne veut pas admettre que les policiers de Saarland soient associés à des interventions en bavière, si l’« unité » des moyens des policiers « n’est plus assurée ». 
Les Länder avec des ministres CDU/CSU, qui utilisent du CS mélangé à l’eau dans les canons à eau, s’appuient sur « l’avis d’experts » de l’institut de Fraunhof de toxicologie. Les scientifiques estiment d’après certaines études internationales pour présenter le « gaz à vomi » (jargon des spécialistes) comme « un représentant optimal des composés agissant biologiquement comme irritants ». Le CS serait par rapport au CN un « gain en effets et en sécurité ». Son effet irritant le dépasserait « de beaucoup par son effet toxique général suite à un apport par les voies aériennes, de sorte qu’un effet nocif [d’une forte dose] n’est pas du tout possible sans contrainte ».
Cette expertise datant de 1979, mais restée confidentielle et qui n’est pas discutée publiquement, est « très discutable sur de nombreux aspects » (Daunderer). Les scientifiques utilisent la littérature disponible, mais ont renoncé à faire leurs propres essais. Les rapports, quant à eux, ont été « travaillés avec très peu de rigueur », comme le critiquait le spécialiste des gaz lacrymogènes récemment décédé Alfred Schrempf, il manquait surtout la prise en compte d’« une série d’études critiques envers le CS ». 
Le chimiste Grießhammer dit que cet avis comporte de nombreuses contradictions, ou des constatations « plus que douteuses ». Par exemple, l’étude de Fraunhof indique expressément que les effets irritants « apparaissent de façon extrêmement rapide et immédiate », déjà « en quelques secondes » apparaît chez les anti-nucléaires récalcitrants un « état d’incapacité à agir ». D’un autre côté, la même étude indique que les contestataires ont pu « par la fuite immédiate échapper aux gaz ».
Hors l’utilisation des gaz à Brokdorf et Wackersdorf a entraîné en réalité l’évanouissement d’un grand nombre de manifestant en quelques secondes, incapables de bouger. Georg Lotter, de Schwandorf dans l’Oberpfalz, a vu près du WAA comment mère et enfants sont tombés directement le visage sur le sol, et sont restés allongés par terre.
D’autres manifestants se sont mis à courir paniqués et désorientés à travers la forêt ou les cours d’eau, se sont perdus dans les sous-bois ou sont tombés dans des fossés ou des canaux d’égouts… Ce qui n’est pas surprenant pour les médecins. Car quand le CS se retrouve dans le corps humain, il se décompose en quelques minutes et produit du cyanure qui a un effet sur le système nerveux central et qui produit « une désorientation ». C’est un « effet secondaire connu », dit Daunderer, « que l’on glisse toujours sous le tapis ».
Il a aussi été impossible de prouver l’affirmation des chercheurs de Fraunhof, selon laquelle « un contact prolongé avec des habits exposés », comme il est indiqué dans l’expertise, « ne causerait pas d’irritation cutanée », et pour la formation de cloques, « il faudrait des conditions peu réalistes ». A Wackersdorf et à Brokdorf, les opposants au nucléaire ont fait l’expérience inverse.
Les scientifiques avaient averti les politiciens assez tôt des contradictions et des découvertes contraires. Le toxicologue de Kiel Otmar Wassermann a averti d’une « méconnaissance de la toxicité de ces substances mortellement dangereuse ». Dans une expertise pour le ministère de l’intérieur hollandais, des médecins et des pharmaciens se plaignent du « manque de données pour connaître » les potentiels dommages sur la santé à long terme, comme pour le cancer ou pour la reproduction. L’expertise prévient aussi du « danger pour la thyroïde, les reins, le foie et la rate » à de fortes doses de CS ou pour des contacts répétés.
Pour contrer ce type d’inquiétudes, les ministres de l’intérieur des différents Länder et du Bund ont ordonné la réalisation de leurs propres tests. Près de 200 personnes ont dû s’exposer aux gazages par canon à eau. Comme preuve pour la non dangerosité de ces gaz, cette expérience n’a cependant pas eu de succès. Seuls des jeunes policiers sportifs et en très bonne santé ont participé à l’expérience, en aucun cas comparables à la diversité de la population manifestante. L’apport en gaz a été fait « par de petites pluies modérées », ou par de « très brefs jets d’eau » comme l’indique le rapport de l’IMK.
Aucun rapport avec « le gazage direct pendant des durées plutôt longues » comme elles ont eu lieu dans les manifestations anti-nucléaires, où les opposants sont restés exposés pendant des heures sous la pluie de CS, « il n’est rien écrit pour de telles conditions » rappelle le médecin de Schwandorf Wolf-Dieter Grahn.
La proportion de gaz dans les canons à eau est très difficile à réguler, comme le disent les politiciens et les responsables de la police. Comme les cristaux de poudre de gaz CS sont quasiment insolubles dans l’eau, et on ne les mélange, associés à un solvant, qu’au dernier moment avant le jet d’eau. Il n’est pas garanti d’envoyer la même dose de gaz de façon constante dans ce cas.
L’effet toxique est d’ailleurs augmenté quand les molécules de CS restent sur les vêtements mouillés des manifestants pendant des heures, quand elles s’accrochent dans le feuillage du sous-bois, ou quand elles sont renvoyées sur les manifestants une seconde fois à cause des pales des hélicoptères volant à basse altitude. Le médecin munichois Daunderer reproche à la police sa « négligence », car les conditions réelles « ne correspondent pas du tout à celles des tests ».
Le « plus criminel dans toute cette histoire », selon Daunderer, serait cependant l’usage alternatif de CN et de CS comme à Wackersdorf, car on ne sait pas du tout l’effet combiné de ces deux gaz. Aucune souris sur Terre n’a jamais subi « d’abord un gazage CN puis un gazage CS ». C’est comme si la police bavaroise avait « ajouté un second dommage sur un premier préexistant ». 
CS est appelé ainsi d’après le nom de Corson et Stoughton qui l’ont découvert. 
Wackersdorf, 1986.

4 thoughts on “« Celui qui déploie du CS est conscient qu’il peut tuer »

  1. Bonjour, en tant que citoyen il m’arrive de manifester et donc assez souvent de respirer du lacrymo. Je suis par ailleurs médecin épidémiologiste et j’ai à ce titre quelques questions sur vos travaux. Quels sont vos protocoles de sélection des sujets à prélever et des circonstances de prélèvement? Quelles données recueillez vous pour caractériser l’exposition aux lacrymo et aux facteurs concurrents (tabac, bracicacae…)? Que dosez-vous outre les thiocyanates (iode, TSH, créatinine…)? Où vos résultats ont-ils été publiés?
    Si je puis aider en quoi que ce soit ce sera avec plaisir. Je suis méthodologiste, statisticien data manager… et j’écris l’anglais comme je respire.
    Bien cordialement

    1. Bonjour,
      Il n’y a pas eu de véritable étude épidémiologique effectuée. Nous avons dans un premier temps “appelé à faire des analyses thiocyanates” après exposition aux gaz, et avons récolté une 50aine de résultats positifs sans savoir combien ont été négatifs. Et nous n’avons pas non plus de comparaison avec une population non exposée.
      Cette information indicative nous semblait suffisante pour vérifier non pas les thiocyanates (longue demi-vie) mais directement le cyanure (demi-vie extrêmement courte, quelques minutes), directement sur le terrain après exposition grâce au kit cyanoguard en vente libre, publié ici : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/30460362
      Les résultats ont été édifiants, car réalisés sur 6 volontaires avant et après exposition, et passage de 0-0,25 à 0,5-0,75 mg/l de sang de cyanure. Un troisième point 10 minutes plus tard sur deux des volontaires a indiqué une baisse du niveau de cyanure.

      Les résultats ont été publiés uniquement dans des magazines et journaux pour le moment (l’obs, le média, l’humanité) mais l’analyse a été réalisée directement par la firme cyanoguard que vous pouvez consulter à ce sujet.
      Ils seront publiés prochainement par l’ATC toxicologie, ils sont en cours de relecture critique actuellement, par l’équipe de l’ATC toxicologie.

      André Picot co-signera le dossier en personne.

      Vous pouvez me contacter au numéro de téléphone indiqué sur le site : 06 01 93 20 41

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