VIOLENCES POLICIÈRES ET GAZ LACRYMOGÈNE : 50 ANS QU’ON PARLE DE L’INTERDIRE

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15/07/2019 (MIS À JOUR LE 14/06/2019 À 18:16)Par Chloé Leprince

Le 29 juin, à Paris, le commandant des CRS en charge de l’évacuation de militants écologistes à coups de gaz lacrymogène a carrément perdu connaissance. La controverse sur l’usage de ce gaz remonte à Mai 68, même si l’histoire a conservé une vision édulcorée et un brin folklorique de l’événement.

Le 23 mai 1968, à Paris, du côté du Quartier latin
Le 23 mai 1968, à Paris, du côté du Quartier latin• Crédits : AFP

Le document est à la fois suffisamment rare et suffisamment explicite pour qu’il imprime la rétine : Médiaparts’est procuré le rapport de police qui relate par le menu les événements du 29 juin, sur le Pont de Sully, en plein centre de Paris. Ce jour-là, des militants du mouvement de désobéissance civile “Extinction Rebellion” avaient été délogés du pavé parisien à coups de tirs de gaz lacrimogène dont la violence frappait à la vue de ces images, qui ont beaucoup tourné :

Clément Lanot@ClementLanot

PARIS – Des militants pour le climat bloquent un pont dans la capitale pour alerter sur l’urgence climatique2 02613:39 – 28 juin 20191 150 personnes parlent à ce sujetInformations sur les Publicités Twitter et confidentialité

Grâce au document que les CRS missionnés sur le terrain destinaient à leur hiérarchie, on peut désormais objectiver la charge :

13 h 06 : premières sommations par TI [technicien d’intervention].      
13 h 12 : réitération des sommations.      
13 h 14 : utilisation à quatre reprises de conteneurs lacrymogènes.      
13 h 35 :  malaise avec perte de connaissance par suffocation de gaz lacrymogène d’un container du CDTD [commandant]. 

Ce 29 juin, entre 13 h 14 et 13 h 39, cinq litres de gaz (soit dix conteneurs) ont été pulvérisés en tout. A quelques centimètres des manifestants assis, et au point que le commandant en charge des opérations s’en soit évanoui, à force de suffoquer. Maître Vincent Brengarth et Maître William Bourdon, les deux avocats du mouvement écologiste noyé sous les gaz le 29 juin sur le Pont de Sully, ont saisi le Défenseur des droits afin d’obtenir une enquête. Dans leur recours, ils explicitent le lien entre cet épisode de réplique massive des forces de l’ordre et une demi-année d’escalade dans le maintien de l’ordre en France. Entre la mi-novembre 2018 et début juin 2019, 23 personnes ont ainsi été éborgnées et cinq autres ont par exemple perdu une main lors des manifestations de “gilets jaunes”

Ces chiffres esquissent un premier bilan d’affrontements qui se sont radicalisés sur le bitume. Et sont surtout le résultat d’une équation : l’usage du LBD, la fameuse nouvelle génération de “flashballs”, comme celui des grenades de désencerclement, a bondi de 200% en 2018 – et tout particulièrement à partir de la mi-novembre, date des premières mobilisations nationales des “gilets jaunes”.

Le point presse tenu par Brigitte Jullien, la patronne de l’IGPN (“la police des polices”) ce jeudi 13 juin, fournit des chiffres au débat sur les violences policières. Ainsi, on apprend que plus de la moitié des munitions tirées en 2018 (trois à quatre fois plus que l’année précédente) ont été dégoupillées entre le 17 novembre et le 31 décembre – soit 9 500 projectiles LBD et quelque 2 700 grenades. 

Conséquence d’un maintien de l’ordre qui s’est durci, mais aussi de manifestants qui désormais s’équipent et s’organisent pour documenter les affrontements : le nombre de plaintes a explosé. Entre le 17 novembre et le 13 juin, Brigitte Jullien dénombre 265 enquêtes ouvertes par l’IGPN. 40% ont été transmises à la justice et, à ce jour, huit informations judiciaires ont été ouvertes (par exemple le médiatique Jérôme Rodrigues ou encore la scène du 1er décembre dans un Burger King à Paris). De nombreux dossiers restent à traiter, et pour toute la France, l’IGPN ne compte qu’une grosse centaine d’inspecteurs.

Alors que pendant plusieurs mois, le journaliste David Dufresne s’étonnait d’être si isolé à épingler une à une les scènes qui remontaient jusqu’à lui via les réseaux sociaux, les violences policières depuis le début de la mobilisation des “gilets jaunes” sont devenues un sujet de premier plan. Dans les médias, on voit apparaître des décomptes ville par ville sur les procédures en cours, comme l’a fait Le Parisien. Décomptes encore partiels, à mesure que les plaintes officielles pour violences policières sont enregistrées et remontées comme telles.

A l’exception évidente de Zineb Redouane, l’octogénaire marseillaise morte après avoir reçu, chez elle, dans son appartement du quatrième étage, des plots de grenade le 1er décembre, ce sont les blessés eux-mêmes qui portent plainte, en leur nom propre. Ce sera leur témoignage, à charge, qui sera consigné dans les dossiers de la police, puis la justice. C’était moins vrai en mai 68. Aux archives de la Préfecture de Police de Paris, les 36 cartons consacrés à la révolte universitaire puis ouvrière en région parisienne sont accessibles uniquement sur dérogation. Mais des chercheurs ont pu les consulter, pour finalement questionner l’image lisse, presque pittoresque, qui s’était installée sur Mai 68.

Sept morts pour un “carnaval bourgeois”

Car on a commencé par beaucoup répéter qu’il n’y avait eu aucun mort en 1968. Ou encore repris les mots de Raymond Aron, pour qui l’insurrection étudiante tenait surtout d’un “carnaval” bourgeois, d’un “folkore”. En réalité, les travaux sérieux s’accordent pour dire aujourd’hui que les manifestations de mai et juin 1968 ont fait sept morts, et l’historienne Michelle Zancarini-Fournel ne cesse de rappeler combien on a enrubanné le récit des affrontements du printemps 1968.

Si la question des violences policières semble avoir disparu de la photo, c’est parce que ces violences ont été gommées à mesure qu’on édulcorait la haute conflictualité dont les affrontements avaient témoigné. Pourtant épinglées pratiquement en temps réel par les tracts et les affiches qui sortaient des presses de l’Atelier populaire de l’Ecole des Beaux-Arts, la trace de ces violences s’est émoussée à mesure que l’iconographie de mai 68 se glamourisait.À LIRE AUSSI“Interdit d’interdire”, “CRS SS”… l’histoire de l’Atelier populaire derrière les affiches de Mai 68

Or il existe un petit livre, quatre-vingt pages en tout, qui témoigne du fait qu’il fut bien, massivement, question de violence au printemps 1968 : c’est Le Livre noir des journées de Mai 68. Son édition originale montre qu’il sera imprimé très vite après les événements (dès le deuxième trimestre de l’année 1968). On peut encore le croiser chez les bouquinistes, même s’il s’en vend actuellement six exemplaires à partir de 2 euros pièce sur Internett. Le livre, publié au Seuil dans la collection “Combats” dirigée par Claude Durand (trois titres seulement avant celui-ci), est signé UNEF / SNE Sup, mais il rassemble aussi bien des extraits des journaux de l’époque que des témoignages anonymisés, parfois très détaillés. 

Au troisième paragraphe d’une introduction anonyme elle aussi, on lit :

Les dépositions spontanées ici rassemblées ont été recueillies par une commission de témoignages avec la participation de l’Union nationale des étudiants de France (U.N.E.F), du Syndicat national de l’enseignement supérieur (S.N.E. Sup.) et d’un comité de secours aux victimes.

Puis :

Par prudence, dans les circonstances actuelles, il a fallu laisser ces témoignages anonymes. L’original et des copies de toutes les déclarations figurant dans ce livre ont été déposés, dûment signés, en lieux sûrs.

La première grande journée de confrontation date du 3 mai 1968. Ce jour-là, l’UNEF a appelé à faire grève et à manifester au départ de Denfert-Rochereau, à Paris. Dans un article sur les perceptions et les pratiques de la police en mai et juin 1968 à Paris, Lyon, Saint-Etienne et Roanne, Julian Mischi cite depuis les archives ce rapport qu’un commissaire manifestement dépassé fait remonter au préfet de police dès le lendemain : 

Violemment prises à partie, les formations, sur lesquelles pleuvent pavés et projectiles les plus divers, maintiennent difficilement à distance les manifestants à l’aide de grenades lacrymogènes et engins lanceurs d’eau. […] La prise de la première barricade a été longue et à certains moments, dramatique. Notre équipement personnel de protection est devenu insuffisant. Notre équipement collectif de protection l’est également pour charger dans de telles conditions. Il eût fallu pouvoir avancer à l’abri de véhicules spéciaux jusqu’au contact et je précise que la tentative qui a été faite avec deux tonnes à eau a échoué. Il est objectif de dire que nous avons dû reculer d’environ 75 mètres sur la contre attaque des manifestants.

“Vrais manifestants” ou violents infiltrés anarchistes ?

Et puis, très vite, les notes qui remontent vers la préfecture de police tentent de trier entre “vrais manifestants” et “groupes organisés pour le combat de rue encadrés par des personnes plus âgées”. Les documents du moment montrent qu’on a cherché à souligner, ici ou là, la présence de “drapeaux noirs anarchistes”, comme certains cherchent à départir “vrais gilets jaunes” et “éléments violents infiltrés” depuis novembre 2018 – une façon de délégitimer la lutte en la dépouillant de sa portée politique et en la criminalisant, décryptait Vanessa Codaccioni dans La Grande table, le 5 avril 2019. En filigrane dans les archives de 1968, on lit des notes qui exonèrent les forces de l’ordre d’un usage illégitime de la force.À ÉCOUTER AUSSIRéécouter Maintien de l’ordre ou criminalisation de la contestation ?33 MINLA GRANDE TABLE (2ÈME PARTIE)Maintien de l’ordre ou criminalisation de la contestation ?

La nuit du 10 au 11 mai 1968 restera comme “la nuit des barricades” – ou plutôt, la première nuit des barricades. Le Livre noir de l’UNEF rapporte, depuis les flancs du Panthéon, des grenades lancées par les forces de l’ordre “sur les fenêtres de la salle D” à l’intérieur-même de l’Ecole nationale supérieure, ce balcon rue Gay-Lussac d’où l’on interpelle des CRS pour leur brutalité, et qui en réponse se fait arroser d’un tir de grenade. Ou encore, ce récit :

J’ai vu, samedi matin vers 5 h 45, un membre des forces de l’ordre attaquer un passant et le matraquer brutalement, à l’angle de la rue Pierre Curie et de la rue d’Ulm. Ce passant se contentait de regarder les dégâts.

Au fil des témoignages dont les journaux se font l’écho à l’époque, on découvre ceux de soignants qui dénoncent l’entrave au soins, comme des street medics ont pu le faire certains samedis de manifestations, depuis l’automne 2018. À LIRE AUSSISAVOIRS”Street medics” : les Black Panthers derrière le sérum physiologique aux “gilets jaunes”

Le témoignage d’un interne en médecine empêché

Plusieurs street medics mobilisés sur le bitume se sont plaints d’avoir eux-mêmes été pris pour cible. Ce ne fut pas le cas de Bernard Pons en 1968. Simple homonyme du ministre RPR du même nom, ce Pons-là est interne en médecine lorsqu’éclate Mai 68 dans Paris. Rapidement, il a témoigné : les coups au ventre, les brimades, l’hyperviolence sur des manifestants mains nues. Et puis aussi, de longues négociations pour obtenir le droit soigner. Tout est consigné sur une bande vidéo, précieuse à cinquante ans de distance. C’est grâce à un documentaire tourné dans le feu de l’action par Jean-Luc Magneron, Mai 68 La Belle ouvrage, qu’on redécouvre aujourd’hui ces descriptions minutieuses. Voici par exemple comment Bernard Pons raconte la deuxième nuit des barricades, le 26 mai, à un jet de pierre de Notre-Dame :

Un car de CRS bloquait l’issue du boulevard Saint Michel vers l’île de la Cité, engagé sur le trottoir. Et le long, six jeunes gens, étudiants ou jeunes ouvriers, alignés face contre le car. Derrière eux, six CRS ou garde mobiles qui les matraquaient à qui mieux mieux dans le dos. Devant nous, un de ces jeunes gens est tombé, la face ensanglantée, la face contre terre. Nous avons à ce moment-là été voir les CRS qui étaient les plus proches pour leur demander d’enlever immédiatement ce jeune homme et le porter le plus vite possible à notre centre de premiers secours. Il nous a été répondu négativement pendant que les CRS continuaient à frapper ce jeune blessé. Nous avons été ensuite contacter le capitaine de la compagnie responsable de ce qu’il se passait sous nos yeux. Nous lui avons demandé instamment de nous faciliter la tâche pour enlever nos seulement ce jeune homme, mais les cinq ou six autres qui commençaient eux aussi à ressentir très durement les sévices dont ils étaient l’objet. Les pourparlers ont duré au moins cinq minutes et ce n’est qu’après cinq minutes que nous avons pu emporter UN corps.

Le cinéaste l’interroge : “Est-ce un cas isolé ?”

Absolument pas.

La Croix rouge stationnée juste à côté des forces de l'ordre dans le Quartier latin, le 6 mai 1968 à Paris
La Croix rouge stationnée juste à côté des forces de l’ordre dans le Quartier latin, le 6 mai 1968 à Paris• Crédits : AFP

Outre les coups de matraque, on découvre énormément d’“yeux brûlés” parmi les témoignages compilés. Page 62, un anonyme : “Je reçus un projectile incandescent dans l’oeil droit, que je crus sur le moment crevé”. Arrivé aux urgences, sa vue “n’atteignait que 1/10e”. Ni débat sur le LBD (qui n’existait pas il y a cinquante ans), ni photos de manifestants à l’œil crevé comme celles qui frappent les esprits depuis six mois et vingt-trois regards borgnes. 

Le gaz mortel des Américains

En 1968, c’est d’un gaz qu’on débattait âprement, comme le montrent de nombreuses coupures de presse consignées dans le Livre noir des journées de mai.
Ce gaz présenté comme “le produit que les Américains lancent contre les Noirs et les Vietnamiens”, apparaît très vite à l’origine de ce qu’on nomme alors couramment “les yeux brûlés”. Un phénomène si peu isolé et tellement préoccupant qu’un médecin de l’hôpital Lariboisière, le Dr Kann, alerte en même temps la presse et le Centre antipoison de l’hôpital Fernand Widal. Il les presse de contacter ce qui s’appelle alors “la Maison de Santé des gardiens de la paix”. Son urgence : connaître (et faire connaître) la dangerosité réelle du gaz. 

L’affaire fait boule de neige, puisque le centre anti-poison lui-même se révèle incapable de traiter de son côté les patients qui lui sont adressés. Le 13 mai, L’Humanité rapporte que la Préfecture de police a fini par indiquer au centre anti-poison “la référence CS”“CS”  comme “2-chlorobenzylidène malonitrile“. Dans les archives policières, on retrouve aujourd’hui des notes sur l’usage de ce gaz, et son dévoilement dans la presse, qui agace. Ce gaz qui fait pleurer, tousser ou vomir en irritant la peau et les muqueuses a été inventé en 1928 et aura la vie longue : en 2001, c’est lui qu’on utilisera pour disperser les manifestants à Gênes, en Italie. En France, il arrive dans l’arsenal du maintien de l’ordre dans les années 60 et est encore peu connu lorsque, le 13 mai 1968, L’Humanité détaille : il s’agit d’un produit “extrêmement dangereux, sur lequel il n’existe aucune toxicologie connue en France, mais dont le général Rotschild, spécialiste américain de la guerre chimique, a écrit qu’à forte concentration il possède un pouvoir létal”.

Le 6 mai 1968, à Paris, la police projette un gaz toxique sur les manifestants
Le 6 mai 1968, à Paris, la police projette un gaz toxique sur les manifestants• Crédits : AFP

C’est ce mot, “létal”, ainsi que la multiplication des récits alarmants sur des brutalités policières, les coups au ventre, les robes déchirées et le lâcher de grenade à tirs tendus, qui contribueront à propager le mouvement jusque dans le monde du travail, absent des premières journées de soulèvement. Les syndicats enseignants condamnent la “répression sauvage” de la police, le monde ouvrier rejoint le mouvement, les manifestations deviennent unitaires même si ça tiraille entre cortèges cégétistes et étudiants “gauchistes”

Trois morts et des tirs à balles réelles

Quand les forces de l’ordre se mettent à tirer à balles réelles alors que l’essentiel de leur arsenal consistait jusque-là plutôt en matraques et grenades, le conflit franchit un palier. Le 11 juin, alors que les forces de l’ordre s’affrontent aux usines occupées, on compte trois morts dont les affiches de l’époque portent la trace : un lycéen qui participait aux affrontements à l’usine Renault de Flins, dans le Calvados, se noie dans la Seine en voulant échapper aux forces de l’ordre et deux ouvriers de chez Peugeot, à Sochaux. Le lendemain, les manifestations organisées à Paris pour dénoncer ces morts sont interdites.

Une affiche de l'Atelier populaire de l'Ecole des Beaux Arts après les deux morts chez Peugeot à Sochaux-Montbéliard, en juin 1968
Une affiche de l’Atelier populaire de l’Ecole des Beaux Arts après les deux morts chez Peugeot à Sochaux-Montbéliard, en juin 1968

Pour un mémoire de Master 2 sous la direction de l’historien Nicolas Haztfeld, Gareth Bordelais a cherché à remonter dans les archives de la Préfecture de Police la trace de plaintes pour violences policières à l’époque. Il précise que ces documents sont les seuls traces négatives qu’il a pu trouver parmi toutes les boîtes qu’il a pu consulter sur l’épisode insurrectionnel. Il souligne surtout que “le trait commun de tous ces plaignants, c’est qu’ils ne sont jamais des manifestants. Au mieux, ils étaient dans les abords de la manifestation où ils l’observaient de près”. 

Contrairement à ce qu’on observe aujourd’hui, les victimes elles-mêmes n’ont pas porté plainte, qu’elles comptent parmi les manifestants engagés dans l’événement, ou qu’elles n’aient fait que passer, écopant ici d’un tir de grenade, là d’un coup de matraque sans avoir distinctement participé à une manifestation. Gareth Bordelais, qui explique que les civils ont le plus grand mal à identifier les policiers à qui ils ont affaire, poursuit : 

Les suites de ces plaintes ou les sanctions prises contre les fonctionnaires sont totalement absentes des archives. Il y a néanmoins un cas pour lequel le cabinet du Préfet de Police demande des précisions à la Direction Générale de la Police Municipale concernant un incident avec des hommes qui ont roué de coup un journaliste durant une opération de maintien de l’ordre. […] Les seuls éléments que nous pouvons trouver sont un rappel à l’ordre dans les lettres et ordres du jour du Préfet.

Grimaud remplace Papon : balles neuves après Charonne

Le préfet de police de Paris en charge pendant les mois de mai et de juin 1968 s’appelait Maurice Grimaud. Il est encore relativement nouveau, puisque c’est seulement quelques mois plus tôt, en 1967, qu’il a remplacé Maurice Papon, aux manettes par exemple lors de la manifestation du 17 octobre 1961 ou de ce qui restera comme “le massacre de Charonne”.
Maurice Grimaud s’installera dans l’histoire comme l’homme d’un maintien de l’ordre tempéré, plutôt que comme un meneur d’hommes qui dirige sous le sceau de l’impunité. Dans le livre qu’il publiera en 1977, En mai, fais ce qu’il te plaît, le préfet de police racontera que ses principaux outils de commandement consistaient en une grande carte de Paris accrochée aux murs de la Préfecture et une “impressionnante batterie d’écrans de télévision”

Le préfet de police Maurice Grimaud inspecte, le 08 mai 1968, les forces de l'ordre stationnées au Quartier Latin à Paris.
Le préfet de police Maurice Grimaud inspecte, le 08 mai 1968, les forces de l’ordre stationnées au Quartier Latin à Paris. • Crédits : AFP

Mais sur le terrain, les hommes, eux, étaient déjà là du temps de Papon, et des débuts de la guerre d’Algérie. Ils sont souvent empreints d’une autre culture du maintien de l’ordre. Dans Mai 68 et ses vies ultérieures, l’historienne Kristin Ross souligne bien une forme d’héritage entre la répression du temps de la Guerre d’Algérie, et, six ans après les accords d’Evian, la riposte policière au soulèvement étudiant puis ouvrier. Manifestants et témoins ont eux aussi la mémoire fraîche, et Ross cite un témoin qui se remémore : “On regarde, effarés et apeurés, les flics casser de l’étudiant comme ils avaient ‘ratonné’ l’Arabe quelques années plus tôt.”À LIRE AUSSILe mouvement du 22 mars sans les clichés : qui étaient ces militants de 1968 ?

Dans les mouvements libertaires et gauchistes, dès le 22 mars à Nanterre, la référence à la guerre d’Algérie, et même à Vichy, était omniprésente, décuplant parfois l’engagement dans les cortèges. L’histoire collective de la police devient un carburant qui radicalise l’affrontement. Maurice Grimaud semble en avoir eu conscience, si l’on en croit la lettre que le préfet de police décidera d’envoyer à chacun de ses 25 000 hommes. Le courrier daté du 29 mai 1968 fuitera rapidement dans Le Monde. Vous le trouverez en pied de cet article dans sa version intégrale, mais en voici déjà un extrait qui disait ceci : 

Frapper un manifestant tombé à terre, c’est se frapper soi-même en apparaissant sous un jour qui atteint toute la fonction policière. Il est encore plus grave de frapper des manifestants après arrestation et lorsqu’ils sont conduits dans des locaux de police pour y être interrogés.Je sais que ce que je dis là sera mal interprété par certains, mais je sais que j’ai raison et qu’au fond de vous-mêmes vous le reconnaissez.

Si je parle ainsi, c’est parce que je suis solidaire de vous. Je l’ai dit déjà et je le répéterai : tout ce que fait la police parisienne me concerne et je ne me séparerai pas d’elle dans les responsabilités. C’est pour cela qu’il faut que nous soyons également tous solidaires dans l’application des directives que je rappelle aujourd’hui et dont dépend, j’en suis convaincu, l’avenir de la préfecture de police.

Dites-vous bien et répétez-le autour de vous : toutes les fois qu’une violence illégitime est commise contre un manifestant, ce sont des dizaines de ses camarades qui souhaitent le venger. Cette escalade n’a pas de limites.

Dites-vous aussi que lorsque vous donnez la preuve de votre sang-froid et de votre courage, ceux qui sont en face de vous sont obligés de vous admirer même s’ils ne le disent pas.

Mémoire sélective à la police 

Cette lettre, au cœur de ce que le sociologue Fabien Jobard décrit comme une doctrine de maintien de l’ordre fondée sur la retenue, est restée emblématique. Elle a ainsi beaucoup fait pour la réputation de Maurice Grimaud, cinquante ans plus tard. A mesure que les plaintes pour violence policière et le débat sur l’usage du LBD et des grenades a enflé ces derniers mois, son courrier a été régulièrement exhumé. Or on a découvert que quelques mois avant que ne démarre la mobilisation des “gilets jaunes” et son cortège d’affrontements un peu partout en France, en mai 2018, le magazine interne de la police avait republié cette lettre. Sauf que la revue Liaisons en avait caviardé un passageVoir l’image sur Twitter

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David Dufresne@davduf

La Lettre du Préfet Grimaud ressurgit aujourd’hui sur Twitter, dans une version tronquée. Celle republiée dans la revue Liaisons (@prefpolice) en mai 2018, où il manque LE passage, situé à l’origine à la fin de la première page, avant le § de la 2e page57009:57 – 24 mai 2019652 personnes parlent à ce sujetInformations sur les Publicités Twitter et confidentialité

Ironiquement, c’est le passage le plus célèbre du fameux courrier qui a été supprimé, celui qui disait : 

Frapper un manifestant tombé à terre, c’est se frapper soi-même en apparaissant sous un jour qui atteint toute la fonction policière. Il est encore plus grave de frapper des manifestants après arrestation et lorsqu’ils sont conduits dans des locaux de police pour y être interrogés.

À LIRE AUSSISAVOIRSMaintien de l’ordre : le Shah d’Iran, la bande à Baader et la bavure qui transforma la police allemande

A la page 62 du petit Livre noir que l’UNEF avait fait imprimé quelques semaines après mai et juin 1968, on lit cette question : “Comment en est-on arrivé là ?” Soit, mot pour mot, exactement la même phrase que celle qui court sur les réseaux sociaux depuis des mois, tandis que les images d’yeux crevés, de mains arrachées ou de sexagénaires projetés face contre terre font boule de neige sur les réseaux sociaux.À VOIR AUSSIRéécouter Les policiers sont-ils au-dessus des lois ?ACTUALITÉSLes policiers sont-ils au-dessus des lois ?VIDÉO

Pour aller plus loin, voici la lettre de Maurice Grimaud le 29 mai 1968 :

Je m’adresse aujourd’hui à toute la Maison : aux gardiens comme aux gradés, aux officiers comme aux patrons, et je veux leur parler d’un sujet que nous n’avons pas le droit de passer sous silence : c’est celui des excès dans l’emploi de la force. 

Si nous ne nous expliquons pas très clairement et très franchement sur ce point, nous gagnerons peut-être la bataille sur ce point, nous gagnerons peut-être la bataille dans la rue, mais nous perdrons quelque chose de beaucoup plus précieux et à quoi vous tenez comme moi : c’est notre réputation.

Je sais, pour en avoir parlé avec beaucoup d’entre vous, que, dans votre immense majorité, vous condamnez certaines méthodes. Je sais aussi, et vous le savez avec moi, que des faits se sont produits que personne ne peut accepter.

Bien entendu, il est déplorable que, trop souvent, la presse fasse le procès de la police en citant ces faits séparés de leur contexte et ne dise pas, dans le même temps, tout ce que la même police a subi d’outrages et de coups en gardant son calme et en faisant simplement son devoir.Je suis allé toutes les fois que je l’ai pu au chevet de nos blessés, et c’est en témoin que je pourrais dire la sauvagerie de certaines agressions qui vont du pavé lancé de plein fouet sur une troupe immobile, jusqu’au jet de produits chimiques destinés à aveugler ou à brûler gravement.Tout cela est tristement vrai et chacun de nous en a eu connaissance.

C’est pour cela que je comprends que lorsque des hommes ainsi assaillis pendant de longs moments reçoivent l’ordre de dégager la rue, leur action soit souvent violente. Mais là où nous devons bien être tous d’accord, c’est que, passé le choc inévitable du contact avec des manifestants agressifs qu’il s’agit de repousser, les hommes d’ordre que vous êtes doivent aussitôt reprendre toute leur maîtrise.

Frapper un manifestant tombé à terre, c’est se frapper soi-même en apparaissant sous un jour qui atteint toute la fonction policière. Il est encore plus grave de frapper des manifestants après arrestation et lorsqu’ils sont conduits dans des locaux de police pour y être interrogés.Je sais que ce que je dis là sera mal interprété par certains, mais je sais que j’ai raison et qu’au fond de vous-mêmes vous le reconnaissez.

Si je parle ainsi, c’est parce que je suis solidaire de vous. Je l’ai dit déjà et je le répèterai : tout ce que fait la police parisienne me concerne et je ne me séparerai pas d’elle dans les responsabilités. C’est pour cela qu’il faut que nous soyons également tous solidaires dans l’application des directives que je rappelle aujourd’hui et dont dépend, j’en suis convaincu, l’avenir de la préfecture de police.

Dites-vous bien et répétez-le autour de vous : toutes les fois qu’une violence illégitime est commise contre un manifestant, ce sont des dizaines de ses camarades qui souhaitent le venger. Cette escalade n’a pas de limites.

Dites-vous aussi que lorsque vous donnez la preuve de votre sang-froid et de votre courage, ceux qui sont en face de vous sont obligés de vous admirer même s’ils ne le disent pas.

Nous nous souviendrons, pour terminer, qu’être policier n’est pas un métier comme les autres ; quand on l’a choisi, on en a accepté les dures exigences mais aussi la grandeur.Je sais les épreuves que connaissent beaucoup d’entre vous. Je sais votre amertume devant les réflexions désobligeantes ou les brimades qui s’adressent à vous ou à votre famille, mais la seule façon de redresser cet état d’esprit déplorable d’une partie de la population, c’est de vous montrer constamment sous votre vrai visage et de faire une guerre impitoyable à tous ceux, heureusement très peu nombreux, qui par leurs actes inconsidérés accréditeraient précisément cette image déplaisante que l’on cherche à donner de nous.

Je vous redis toute ma confiance et toute mon admiration pour vous avoir vus à l’œuvre pendant vingt-cinq journées exceptionnelles, et je sais que les hommes de cœur que vous êtes me soutiendront totalement dans ce que j’entreprends et qui n’a d’autre but que de défendre la police dans son honneur et devant la nation. 

Maurice Grimaud

Si nous ne nous expliquons pas très clairement et très franchement sur ce point, nous gagnerons peut-être la bataille sur ce point, nous gagnerons peut-être la bataille dans la rue, mais nous perdrons quelque chose de beaucoup plus précieux et à quoi vous tenez comme moi : c’est notre réputation.

Je sais, pour en avoir parlé avec beaucoup d’entre vous, que, dans votre immense majorité, vous condamnez certaines méthodes. Je sais aussi, et vous le savez avec moi, que des faits se sont produits que personne ne peut accepter.

Bien entendu, il est déplorable que, trop souvent, la presse fasse le procès de la police en citant ces faits séparés de leur contexte et ne dise pas, dans le même temps, tout ce que la même police a subi d’outrages et de coups en gardant son calme et en faisant simplement son devoir.Je suis allé toutes les fois que je l’ai pu au chevet de nos blessés, et c’est en témoin que je pourrais dire la sauvagerie de certaines agressions qui vont du pavé lancé de plein fouet sur une troupe immobile, jusqu’au jet de produits chimiques destinés à aveugler ou à brûler gravement.Tout cela est tristement vrai et chacun de nous en a eu connaissance.

C’est pour cela que je comprends que lorsque des hommes ainsi assaillis pendant de longs moments reçoivent l’ordre de dégager la rue, leur action soit souvent violente. Mais là où nous devons bien être tous d’accord, c’est que, passé le choc inévitable du contact avec des manifestants agressifs qu’il s’agit de repousser, les hommes d’ordre que vous êtes doivent aussitôt reprendre toute leur maîtrise.

Frapper un manifestant tombé à terre, c’est se frapper soi-même en apparaissant sous un jour qui atteint toute la fonction policière. Il est encore plus grave de frapper des manifestants après arrestation et lorsqu’ils sont conduits dans des locaux de police pour y être interrogés.Je sais que ce que je dis là sera mal interprété par certains, mais je sais que j’ai raison et qu’au fond de vous-mêmes vous le reconnaissez.

Si je parle ainsi, c’est parce que je suis solidaire de vous. Je l’ai dit déjà et je le répèterai : tout ce que fait la police parisienne me concerne et je ne me séparerai pas d’elle dans les responsabilités. C’est pour cela qu’il faut que nous soyons également tous solidaires dans l’application des directives que je rappelle aujourd’hui et dont dépend, j’en suis convaincu, l’avenir de la préfecture de police.

Dites-vous bien et répétez-le autour de vous : toutes les fois qu’une violence illégitime est commise contre un manifestant, ce sont des dizaines de ses camarades qui souhaitent le venger. Cette escalade n’a pas de limites.

Dites-vous aussi que lorsque vous donnez la preuve de votre sang-froid et de votre courage, ceux qui sont en face de vous sont obligés de vous admirer même s’ils ne le disent pas.

Nous nous souviendrons, pour terminer, qu’être policier n’est pas un métier comme les autres ; quand on l’a choisi, on en a accepté les dures exigences mais aussi la grandeur.Je sais les épreuves que connaissent beaucoup d’entre vous. Je sais votre amertume devant les réflexions désobligeantes ou les brimades qui s’adressent à vous ou à votre famille, mais la seule façon de redresser cet état d’esprit déplorable d’une partie de la population, c’est de vous montrer constamment sous votre vrai visage et de faire une guerre impitoyable à tous ceux, heureusement très peu nombreux, qui par leurs actes inconsidérés accréditeraient précisément cette image déplaisante que l’on cherche à donner de nous.

Je vous redis toute ma confiance et toute mon admiration pour vous avoir vus à l’œuvre pendant vingt-cinq journées exceptionnelles, et je sais que les hommes de cœur que vous êtes me soutiendront totalement dans ce que j’entreprends et qui n’a d’autre but que de défendre la police dans son honneur et devant la nation. 

Maurice Grimau

La Convention sur l’interdiction des armes chimiques interdit-elle le gaz lacrymogène?

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Près de 5000 grenades lacrymogènes ont été utilisées samedi à Paris. La Convention de 1993 interdit l’utilisation des gaz lacrymogènes en tant que «moyen de guerre», mais les autorise pour le maintien de l’ordre intérieur.

Question posée par le 25/11/2018

Bonjour,

Nous avons reformulé votre question initiale : «Une personne a partagé sur Facebook une photo de la célèbre page «Le saviez-vous ?». Cette dernière affirme que l’utilisation de gaz lacrymogène et de toutes autres grenades anti-émeutes est interdite par la Convention de 1993 portant sur l’utilisation des armes chimiques en période de guerre. Est-ce vrai ? Car mes recherches sur la question n’ont rien donné!»

Alors que le préfet de police a affirmé ce matin que 5000 grenades lacrymogènes avaient été utilisées samedi à Paris par les forces de l’ordre, vous souhaitez vérifier l’affirmation suivante: «Le gaz lacrymogène et les autres agents antiémeutes sont considérés comme des armes chimiques et sont interdits dans la guerre par la Convention de 1993», que relaie la page Facebook «Le saviez-vous».

La «Convention de 1993», citée par la page Facebook, correspond à la Convention sur l’interdiction de la mise au point, de la fabrication, du stockage et de l’emploi des armes chimiques et sur leur destruction. Elle a été ouverte à la signature à Paris en 1993, est entrée en vigueur en avril 1997, et a été ratifiée jusqu’aujourd’hui par 193 pays.

Les gaz lacrymogènes interdits pour faire la guerre

Cette convention indique dans son article I (5) que «chaque Etat partie s’engage à ne pas employer d’agents de lutte antiémeute en tant que moyens de guerre» et définit dans son article II (7) ces agents de lutte antiémeute comme étant «tout produit chimique qui n’est pas inscrit à un tableau et qui peut provoquer rapidement chez les êtres humains une irritation sensorielle ou une incapacité physique disparaissant à bref délai après qu’a cessé l’exposition».

Ce descriptif correspond bien à l’idée qu’on se fait d’une grenade ou d’un spray lacrymogène et c’est aussi ainsi que l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OPCW) les catégorise sur son site anglais, lorsqu’elle note que «les agents antiémeutes, comme les gaz lacrymogènes, sont considérés comme des armes chimiques s’ils sont utilisés comme méthode de guerre». On comprend donc que la Convention de 1993 interdit bien l’usage des gaz lacrymogènes lors de conflits entre pays.

Autorisés pour maintenir l’ordre intérieur

Cependant dans le même texte, l’OPCW note également que «les États peuvent légitimement posséder des agents antiémeutes et les utiliser à des fins de maintien de l’ordre, mais les États qui sont membres de la Convention sur les armes chimiques doivent déclarer le type d’agents antiémeutes qu’ils possèdent». Cette exception correspond à l’article II (9.d) qui précise que parmi «les fins non interdites par la présente Convention», on trouve les «fins de maintien de l’ordre public, y compris de lutte antiémeute sur le plan intérieur».

Comment expliquer ce paradoxe, qui interdit ces armes lacrymogènes pour faire la guerre à autrui, mais les autorise pour mater les révoltes intérieures? Interrogé par le magazine de gauche américain Jacobin, Anna Feigenbaum, autrice de «Tear Gas. From the Battlefields of World War I to the Streets of Today», explique cette contradiction par le fait que le gaz lacrymogène était utilisé durant la première guerre mondiale, ou pendant la guerre du Vietnam pour faire sortir les soldats des tranchées ou de leurs bunkers, pour ensuite les attaquer à l’aide d’armes à feu ou d’autres gaz. «Ce genre d’utilisation militaire est la raison pour laquelle cette interdiction existe en temps de guerre».

Parallèlement à cet usage militaire, la chercheuse note qu’on explore à partir des années 1920 et 1930 l’emploi des gaz lacrymogènes «pour réprimer les conflits sociaux et les grèves», ainsi que pour contrer «les soulèvements coloniaux et les mouvements indépendantistes», c’est-à-dire des conflits intérieurs. Anna Feigenbaum conclut: «l’utilisation militaire des gaz lacrymogènes et le développement d’un marché commercial des gaz lacrymogènes pour les forces de l’ordre se sont déroulés parallèlement les uns aux autres et n’étaient pas toujours liés».

Une règle paradoxale

Lors des émeutes de Ferguson (Missouri) en 2014, la question de l’usage des gaz lacrymogènes par les forces de l’ordre a été soulevée par certains médias américains, dont le Washington Post. Dans un article publié par Politifact, l’organisation de fact-checking est revenue sur le paradoxe de la Convention avec plusieurs experts. Dans son article, le site américain répète que l’interdiction militaire des gaz lacrymogène est liée à la difficulté qu’ont les soldats à distinguer s’ils sont exposés à un gaz mortel ou non. Sur son usage policier, Politifact donne la parole à David Koplow, professeur de droit à l’université de Georgetown, qui considère que pour maîtriser une émeute, «même si le gaz lacrymogène est loin d’être parfait, il continue d’être utilisé à cet effet parce qu’il n’y a rien de mieux».

Hormis les charges physiques de policiers, pour disperser une foule, les forces de l’ordre utilisent des canons à eau (avec parfois des additifs lacrymogènes ou olfactifs), des pistolets à balle en caoutchouc de type flash-ball ou encore des pistoles Pepperball, qui tirent des balles de poivre (ils existent en Allemagne) ou encore des grenades à effet de souffle (une spécialité française). Mais ces armes présentent des risques de blessure physique (perte d’un œil à cause d’une balle ou d’un jet de canontympan perforé) qu’on n’obtient pas avec un spray lacrymogène. 

En résumé: La Convention sur l’Interdiction des Armes Chimiques interdit l’utilisation de gaz lacrymogènes en temps de guerre, mais paradoxalement l’autorise pour maintenir l’ordre intérieur. Cette contradiction semble s’expliquer par le fait que l’interdiction militaire vise à interdire l’usage du gaz afin de faire sortir des soldats pour mieux les abattre, tandis que l’usage policier sert uniquement à disperser des personnes, sans objectif létal.Jacques Pezet

NDDL : POUR LE MAIRE, “IL EST HORS DE QUESTION D’AVOIR DES HABITATS EN ZONE HUMIDE”

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 12h33, le 22 avril 2018

L’ultimatum pour se déclarer en préfecture se termine lundi soir. Les zadistes sont divisés sur la marche à suivre. 

Le calme semble revenir du côté de Notre-Dame-des-Landes, à la veille de l’ultimatum des autorités pour déposer un dossier individuel en préfecture. Après le démantèlement de 29 squats la semaine dernière, il reste une soixantaine d’habitats précaires sur les 97 recensés. Les autorités restent déterminées à “mettre un terme à l’occupation illégale” sur le site de 1.650 hectares.

Pour le maire de la ville, Jean-Paul Naud, ceux qui ne rentrent pas dans le cadre de la légalité devront partir. “Je l’ai déjà dit à certains zadistes, il est hors de question d’avoir des habitats en zone humide”, souligne l’édile. “Il y a 2% de zone non-humide sur ce territoire et ceux qui resteront devront rester sur ces 2% et cela peut difficilement faire 200 personnes”, poursuit-il. 

Division chez les zadistes. Les zadistes sont divisés sur la marche à suivre. Si certains ont décidé de se mettre en conformité, d’autres ont au contraire fait le choix de partir. “La forme légale du territoire que l’on va devoir avoir sur la Zad va nous priver d’un champ de possible qu’on avait encore sous la main il y a quelques jours”, estime Camille, un soudeur présent sur la Zad depuis deux ans et qui a décidé de partir.  

Violents affrontements. Depuis le 9 avril et le lancement des opérations de gendarmerie à Notre-Dame-des-Landes, les violents affrontements ont fait 75 blessés chez les forces de l’ordre et plus de 270 du côté des opposants, qui ont saisi le Défenseur des droits. Les heurts avaient gagné en intensité à mesure de l’avancée des démolitions de squats. A chaque coup de pelleteuse, les opposants et leurs soutiens, dont des “black blocs” venus de toute la France et d’Europe, ont répondu par des barricades et le creusement de tranchées. Les forces de l’ordre ont essuyé cocktails Molotov, pierres ou bouteilles en verre, répliquant par le jet de 11.000 grenades, dont 10.000 lacrymogènes, en dix jours, selon une source proche du dossier.

ANGÉLIQUE ET GENEVIÈVE POURSUIVIES POUR AVOIR RAPPORTÉ LES GRENADES LANCÉES À NOTRE-DAME-DES-LANDES L’AN DERNIER

Des centaines de grenades lacrymogènes déposées devant la préfecture de Loire-Atlantique à Nantes, le 19 avril 2018. / © DAMIEN TRIOMPHE / RADIO FRANCE
Des centaines de grenades lacrymogènes déposées devant la préfecture de Loire-Atlantique à Nantes, le 19 avril 2018. / © DAMIEN TRIOMPHE / RADIO FRANCE

Deux militantes comparaissent, ce 3 juin, en appel à Rennes, pour avoir déposé, devant la préfecture de Loire-Atlantique, des grenades utilisées par les forces de l’ordre lors des opérations d’expulsion à Notre-Dame-des-Landes, au printemps 2018. Elles avaient été relaxées en première instance.

Par Myriam ThiébautPublié le 03/06/2019 à 11:32 Mis à jour le 06/06/2019 à 18:10
Auprès des militants de Notre-Dame-des-Landes,  l’affaire a pris le nom de “retour à l’envoyeur”. Le 19 avril 2018, Angélique et Geneviève avaient déposé des centaines de grenades de désencerclement et d’autres types de grenade, devant la préfecture de Loire-Atlantique, à Nantes. A l’époque, la préfète Nicole Klein participait à la direction des opérations d’expulsion des résidents de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.

Jugées et relaxées par le tribunal de police de Nantes, le 8 janvier 2019, le ministère public avait fait appel. Geneviève et Angélique se sont donc présentées ce lundi 3 juin devant la Cour d’appel, à Rennes. 
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Myriam Thiébaut@mymthiebaut

Nddl : affaire dite du “retour à l’envoyeur”. Angélique et Geneviève poursuivies en appel à #Rennes pour avoir déposé dvt la préfecture de #Nantes les 100aines de grenades ramassées à Notre-Dame-des-Landes lors des expulsions du printemps dernier. Délibéré au 3 sept. @m2rfilms1210:36 AM – Jun 3, 2019See Myriam Thiébaut’s other TweetsTwitter Ads info and privacy
Interrogées, les deux femmes se disent surprises qu’on leur reproche d’avoir rapporté des objets dangereux pour qu’ils soient neutralisés et évacués. La Cour d’appel rendra son arrêt le 3 septembre 2019.

LES BOMBES LACRYMOGÈNES UTILISÉES PAR LES FORCES DE L’ORDRE BURKINABÉ INTERDITES PAR LE PROTOCOLE DE GENÈVE?

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226infos 29 octobre 2014 ACTUALITESSociété 3 Commentaires 5,246 Vues

 Des manifestants d’hier ont pu récupérer les restes ou des bombes entières lacrymogènes. Ayant appris sur les réseaux sociaux que ces grenades  lacrymogènes PLMP 7B utilisées par nos forces de l’ordre sont interdites par le protocole de Genève, votre journal 226infos s’est penché la dessus et voici les résultats de nos recherches.

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Un manifestant posant avec la grenade lacrymogène. On peut bien lire « CS » sur la grenade. (Ph.DR)

Ces  bombes lacrymogènes  PLMP 7B utilisées par les forces de l’ordre seraient  fabriquées  par la société française NOBEL SPORT SECURITE. Elles coûteraient à l’achat environ 2600FCFA.

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La grenade lacrymogène CS PLMP 7C (Ph. DR)

Les grenades de gaz lacrymogène qui ont notamment été employées contre la manifestation de mardi, sont des PLMP 7B, de gaz CS. Elles explosent au sol avec un bruit assourdissant puis crachent de gros volutes de gaz.

Ce gaz provoque haut-le-cœur, souffle coupé, impossibilité de respirer, peau brûlée, envies de vomir, brûlures d’estomac et douleurs au foie. S’il est pulvérisé sur le sol il peut rester actif pendant plusieurs semaines. Les effets caractéristiques sont une conjonctivite instantanée avec des spasmes, des irritations et des douleurs. Ces symptômes sont accentués par un  temps chaud(le cas de Ouaga).

D’après une étude publiée en 1998 au journal de l’American Medical Association, le CS absorbé serait métabolisé dans les tissus périphériques sous la forme de cyanure, substance connue comme étant cancérigène.

Le  même journal  indique à propos de ce gaz : « la possibilité de conséquences médicales à long terme comme la formation de tumeurs, des effets sur le système de reproduction et de maladies pulmonaires est particulièrement préoccupant, considérant l’exposition à laquelle ont été soumis des manifestants ou non manifestants pendant des opérations d’ordre public ».

Que dit le fameux protocole de Genève

Le protocole de Genève de 1925  prohibe l’emploi à la guerre de gaz asphyxiants, toxiques ou similaires et de moyens bactériologiques. Ce protocole  contient plusieurs lacunes et insuffisances parmi lesquelles  on peut citer:

– le protocole ne fournit ni  une liste des armes chimiques ni une liste des agents chimiques interdits;

– le protocole interdit l’emploi de l’arme chimique en temps de guerre. Par temps de guerre on entend « conflit armé ». Qu’en est-il des manifestations civiles comme celle de mardi?

C’est peut être pour cela  que certains États comme l’Italie ne l’autorisant pas par temps de guerre l’autorisent par temps de paix!

Tout compte fait, la nuisance de ce gaz sur la santé de l’homme est prouvée et on comprendrait mal un État qui dans la recherche du maintient de l’ordre voudrait rendre malade sa population.

ARMES CHIMIQUES : LES GAZ LACRYMOGÈNES UTILISÉS PAR LE RÉGIME MACRON INTERDITS PAR LA CONVENTION DE GENÈVE

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En août dernier, le régime Macron commandait pour 22 millions de grenades lacrymogènes et explosives. Assurément pas la position d’un gouvernement ouvert au dialogue et à la concertation, mais bien celui d’un régime minoritaire, autoritaire et pour tout dire totalitaire prévoyant de gouverner par ordonnances afin de traduire au plus vite les directives imposées par l’Union Européenne du Capital qui constituent son programme de gouvernement. Ces grenades ne seront pas restées dans les armureries de l’armée. Mais gendarmes et CRS bombardent par milliers les travailleurs en lutte, des cortèges syndicaux à l’occupation pacifique par les agriculteurs de la ZAD de Notre-Dame des Landes. De l’aveu même des gendarmes, en quelques jours d’opération militaire contre la ZAD de Notre-Dame des Landes, l’armée a utilisé plus de 11 000 grenades lacrymogènes. Bilan 270 blessés dont 10 graves parmi les manifestants, 4 gendarmes blessés gravement par leur propre grenade.

Au moment où Macron justifie par une attaque chimique dont il n’a apporté aucune preuve, le bombardement violant le droit international de la Syrie, il est utile de rappeler que cette débauche de violence contre le mouvement social, déversant des grenades lacrymogènes par dizaines de milliers sur les travailleurs de France, jeunes, étudiants, infirmières, agriculteurs, cheminots défendant leurs droits, est en fait une utilisation massive d’armes chimiques interdites par la convention de Genève, convention internationale interdisant les armes chimiques.

Armes chimiques : les gaz lacrymogènes utilisés par le régime Macron interdits par la convention de Vienne

La répression du mouvement social fait des dizaines de blessés graves. Par exemple, à la manifestation du 19 avril à Paris, un photographe de presse dûment identifié a reçu un tir tendu de grenade lacrymogène le blessant très grièvement aux mains. Au-delà des explosifs et des coups de matraques, le régime Macron fait un usage massif des gaz lacrymogènes contre les travailleurs pour terroriser ceux qui voudraient rejoindre les manifestations, les cortèges syndicaux. Une utilisation massive qui est dangereuse, d’armes chimiques dont l’usage en cas de guerre est interdit par les conventions internationales. Le régime Macron utilise massivement des gaz CS. des gaz de combat, armes chimiques développées par les USA et utilisées massivement durant la guerre au Vietnam. Il s’agit d’un des nombreux gaz au chlore (C10H5ClN2). L’armée française utilise pour la première fois les gaz CS lors de la guerre d’Algérie.

En 1993, la convention sur l’interdiction des armes chiques, est signée à Paris. les gaz CS y sont explicitement interdits; Mais une exception y est bizarrement inscrite, le “maintien de l’ordre”. À haute concentration le gaz CS est toxique, à très forte concentration, il est mortel.

Dans les années 1960, l’URSS avait proposé l’interdiction totale de ces gaz de combat. Interdiction rejetée par les pays occidentaux.


frtec_gaz_cs_33 gaz lacrymogène gaz au chlore

Nos confrères de Politis indiquent que d’après une étude de l’université de Yale, le gaz lacrymogène n’a pas seulement des effets irritants : il s’agit surtout d’un gaz neurotoxique. Ainsi, le contact avec ce gaz ne provoque pas seulement des douleurs immédiates, mais l’exposition prolongée au gaz lacrymogène peut causer des problèmes respiratoires sérieux, voire des crises cardiaques comme on peut le lire dans le Journal of the American Medical Association. Ces effets sont renforcés chez des enfants (que la police a par exemple gazés lors de la manifestation du 1er mai à Paris). Chez des femmes enceintes, il peut provoquer des fausses couches et s’avère mortel pour des personnes souffrant d’asthme ou d’autres problèmes bronchiques.

Le gaz lacrymogène peut non seulement asphyxier des adultes – comme l’atteste l’AFP – mais les tirs de gaz lacrymogène peuvent également provoquer la mort : deux cas  récents en Palestine le démontrent. Par ailleurs, le médecin Sven-Eric Jordt indique que personne ne connaît les effets à long terme de l’exposition au gaz lacrymogène, mais souligne que, dans l’immédiat, il cause des blessures significatives et cela alors que son usage par la police semble se normaliser.

Les voies respiratoires et le système digestif sont les premiers touchés en l’espace de 20 à 60 secondes. Dès l’exposition, on assiste à une activation intense des voies lacrymales, une irritation des voies respiratoires et des nausées accompagnées de vomissements selon la dose. La salivation est accentuée. À forte dose, il peut provoquer des hémorragies internes, des œdèmes pulmonaires et une détresse respiratoire qui peut être fatale. Le foie, le cerveau et les reins sont particulièrement vulnérables. Les substances produites lors de la dégradation du CS par le métabolisme comme le cyanure sont très toxiques. Les effets à long terme sont moins connus mais le CS peut induire des bronchites, de l’asthme, des maladies du foie et des reins ainsi que des troubles neurologiques comme l’épilepsie.

L’arsenal chimique du régime Macron contre le mouvement social

GRENADE GLI F4

La grenade à fusil et à main lacrymogène instantanée (GLI) modèle F4, est une munition à triple effet lacrymogène, sonore et de souffle. Il s’agit d’une grenade explosive utilisant un explosif militaire la tolite (TNT). La grenade GLI F4 de calibre 56 mm peut être lancée soit à la main (avec bouchon allumeur à main) soit propulsée grâce à un lanceur de 56mm de type LGGM Cougar après adjonction d’un Dispositif de Propulsion à Retard (50, 100 ou 200m).

Caractéristiques : hauteur totale : 178 mm. Diamètre : 56mm. Masse totale : 190 g. Masse active : 45 g. Durée d’émission du CS : 25 à 30 secondes.

Emploi : le tir tendu est strictement interdit. en tir courbe, la balistique de la munition (trajectoire, explosion, dispersion du produit lacrymogène en l’air) permet d’éviter que les personnes ne soient directement impactées et ne puissent ramasser les plots au sol afin de les renvoyer en direction des forces de l’ordre.

 GRENADE GM2L

La grenade GM2L calibre 56 mm à effets instantanés assourdissants et lacrymogènes. Capacité assourdissante. La grenade GM2L peut être lancée à la main ou tirée depuis un lanceur de 56 mm de type LGGM cougar (50, 100 ou 200m). L’utilisation de cette grenade permet un double effet (lacrymogène et assourdissant)

Caractéristiques : diamètre : 56 mm. Longueur : 125 mm. Poids : 170 g. Effet sonore : 145 db à 10 mètres. Gaz : 10 g de poudre lacrymogène au CS pur (conforme à la norme MIL-R-51029C, réglementation REACH). Utilisation possible avec BA (1,5 ou 2,5s) et DPR (50,100,200m). Emploi Les jets et les tirs de GM2L dans des locaux de faible capacitésont proscrits.

 GRENADE MP7

La grenade multipots MP7 est une bombe à sous munitions diffusant un important nuage de gaz CS lacrymogène Lors de son utilisation, la grenade MP7 libère ses 7 palets ou sous-munitions qui émettent du gaz CS. (gaz lacrymogène)

Caractéristiques : la durée d’émission du nuage lacrymogène et fumigène est d’environ 30s +/- 10s. La zone couverte est de 1000m 2 . Diamètre extérieur : 56 mm. Longueur sans ou avec dispositif d’allumage :165 mm. Masse totale : 360 g. Masse active : 154 g. Pourcentage de CS : 7 %.

GRENADE CM6

la grenade CM6 émet rapidement un nuage fumigène et lacrymogène important, persistant et dense.  La grenade CM6 contient 6 capsules actives de CS (gaz lacrymogène). Elles sont libérées avant même que la grenade arrive au sol empêchant tout renvoi sur le tireur.

Caractéristiques : diamètre extérieur : 56 mm. Longueur : 199 mm. Masse totale : 340 g. Masse active : 98 g. Pourcentage de CS : 15 %. Elle peut être utilisée à main (avec bouchon allumeur retard de 1,5 ou 2,5s) ou à l’aide du LGGM cougar (avec DPR 50,100, 200m). La zone de couverture des gaz est importante, jusqu’à 800 m2 sur 3 à 5 m de haut et durant environ 30s.

GRENADE MP7 COMMANDO

Cette grenade est utilisée par les forces de l’ordre comme moyen de dispersion face aux manifestations de masse en milieu urbain rapproché. Utilisable par les unités légères, isolées ou en patrouille, elle peut être tirée à partir d’un véhicule. Les grenades MP7 commando (multi-pots) présente un double effet lacrymogène et fumigène et contiennent 7 coupelles actives au CS (gaz lacrymogène de la classe des irritants oculaires). La grenade peut être lancée à la main avec un bouchon allumeur, par le LGGM avec un dispositif de propulsion à retard ou à partir de son tube. La distance de projection avec le moteur propergol est de l’ordre de 100 m. La zone couverte par le gaz est importante : entre 300 m 2 et 500 m2 sur 3 à 5 m de haut. 1.2

Caractéristiques : poids total : 640 grammes. Nombre de plots fumigènes : 7. Gaz : 7% d’agent lacrymogène CS. Délai du retard d’allumage : 2,25 s. Portée maximale : 100 m. Durée d’émission du gaz : 25 s. Poussée initiale: 60 Newton.

GRENADE A MAIN DE DESENCERCLEMENT

La grenade à main de désencerclement (GMD), aussi connue sous le nom de DMP (dispositif manuel de protection), est une grenade qui permet la projection de 18 galets en caoutchouc lors de son explosion.

L’affectation individuelle d’une GMD s’effectue impérativement selon les conditions cumulatives suivantes : elle concerne tous les militaires de gendarmerie titulaires d’une habilitation ; elle est temporaire et doit répondre aux besoins d’une mission ; elle est effectuée, pour la Gendarmerie nationale, sous la responsabilité du commandant d’unité ; elle est conditionnée à l’autorisation écrite ou verbale du commandant d’unité ou du chef de patrouille.

Caractéristiques : projection circulaire de 18 projectiles en caoutchouc. Effet sonore et de choc intense (plus de 155 db). Diamètre : 56 mm. Poids des projectiles : 10 g. Force cinétique unitaire : 80 joules. Rayon d’efficacité : 10 m. Poids total : 250 g.

LE GOUVERNEMENT INVESTIT 17 MILLIONS D’EUROS EN GRENADES LACRYMOGÈNES

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Le gouvernement vient d’attribuer un marché de plus de 17 millions d’euros de fourniture de grenades et de fusils de lancement. L’avis d’attribution a été publié jeudi 24 mai. Le contrat porte sur 17.544.153 euros de munitions, pour les 4 ans à venir, destiné à fournir la police et la gendarmerie en grenades lacrymogènes et en lanceurs, c’est le fructueux marché qui vient d’être attribué par le gouvernement à trois entreprises. Gérard Collomb vient d’annoncer « si on veut garder le droit de manifester il va falloir que les manifestants arrêtent d’être les complices passifs des casseurs » mais la contestation ne faiblit pas et le gouvernement Macron se prépare en matériel de répression pour ses dernières quatre années.

Muriel Radler

Le gaz lacrymogène, un produit au top des ventes

L’appel d’offre, passé le 5 août 2017, a été réparti entre deux sociétés françaises, Nobel Sport, pour près de 12 millions d’euros, Aseltex, pour 5,3 millions d’euros, et une société allemande, Rheinmetall, pour 0,4 million d’euros.

Alsetex, cette entreprise dans laquelle une employée avait perdu la vie suite à une explosion en 2014 avait déjà remporté en février 2016, un contrat d’un montant similaire portant sur la livraison de 5,5 millions d’euros de munitions. On peut donc supposer que, en 2 ans, la majorité de ce stock a dû être liquidé.

C’est que le gouvernement ne badine pas sur l’usage de ce gaz. À Notre-Dames-des-Landes, depuis le 9 avril 2018, début de l’évacuation de, plus de 11.000 grenades ont déjà été tirées par les gendarmes mobiles. Et c’est ce type de grenade qui a fait perdre la main à l’étudiant sur la ZAD ce 25 mai.

Ce gaz lacrymal, pourtant interdit en temps de guerre continue de faire l’unanimité

L’usage de ces gaz lacrymogènes a été interdit en temps de guerre par la Convention internationale sur les armes chimiques de Genève, en 1993. Mais contre les manifestants cette arme s’avère très efficace, ainsi que pour les civils elle reste autorisée.

La panique, la peur. Voilà ce que produit les gaz lacrymogènes. C’est l’une des techniques du gouvernement qui peut mettre des lycéens en garde à vue 72h et qui peut aussi utiliser massivement ces gaz qui touchent sans discernement tous ceux qui sont là comme ce fut le cas lors de la manifestation du 1er mai à Paris par exemple. 
Le gaz provoque une sensation de perte de contrôle par l’impossibilité de bien respirer et de voir, des irritations de la peau et autres symptômes qui en fonction des personnes et des conditions peuvent s’avérer plus ou moins graves.

Et alors que le gaz est utilisé depuis le début du siècle il n’existe quasiment pas d’études sur sa nocivité. C’est que, dans aucun pays, il n’existe d’obligation légale de recenser le nombre de ses victimes ou de fournir des données sur ses livraisons, ses usages, les profits qu’il génère ou sa toxicité pour l’environnement. Et quand il y a des morts, ce sont, pour les pouvoirs publics qui autorisent cette arme « non létale », de simples accidents.

La répression française fait vendre

Le marché de ces armes “non-létales” est estimé à plus de 1,6 milliard de dollars, avec un fort potentiel de croissance dans les années à venir.
Ainsi aujourd’hui deux entreprises françaises ont décoché de beaux contrats auprès de l’État français. Et cette entente État-industriels risque de continuer longtemps car la France est l’un des pays qui dispose de l’un des meilleurs« savoir-faire » dans l’industrie mais aussi dans la répression, ce qui lui permet ainsi de mieux exporter ses produits, comme ses services.

L’un des derniers exemples en date –avant l’Afrique du Sud– est le Bahrein avec lequel la France avait signé en 2007 un accord de coopération en matière de sécurité intérieure et avait envoyé des CRS afin de former les forces anti-émeute. L’entreprise française Alsetex, elle, vendait les bombes lacrymogènes.
Durant les manifestations de 2011 au Bahrein, les gaz lacrymogènes ont causé la mort d’au moins trente-neuf personnes selon l’ONG Physicians for Human Rights. 
Alors qu’à Notre Dame des Landes, chacun redoute que la répression puisse tuer, l’État Français continue à faire ses achats tout en faisant passer des lois afin de pouvoir au mieux se couvrir.

Les gaz lacrymogènes : dangereux pour la santé, mais… silence d’État !

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<img src="https://reporterre.net/local/cache-vignettes/L676xH500/arton13871-47f45.jpg?1521024852" alt="Les gaz lacrymogènes : dangereux pour la santé, mais… silence d'État<small class="fine"> 

Les gaz lacrymogènes sont largement utilisés par les gouvernements français. Leur composition évolue vers plus de toxicité, semble-t-il, ce qui est nocif pour les manifestants et… pour les policiers. Mais à la différence de tout autre produit chimique, fabricants et État ne disent rien sur sa composition. La transparence est nécessaire. Reporterre ouvre cette question de santé publique.

On pourrait penser que la composition des grenades lacrymogènes déversées abondamment sur les manifestants – mais aussi à usage privé, dans des cartouches de défense individuelle – est bien connue, étant donnés les enjeux de santé publique que pose leur emploi massif. Mais ces composés chimiques lacrymogènes et leurs effets sur la santé demeurent en France dans une opacité strictement gardée. Un tabou complet. Un non-dit officiel. Une zone inaccessible, soigneusement maintenue hors de toute transparence. Reporterre s’est confronté à cet écran de fumée officiel, sans ménager ses efforts, sollicitant ministères et cabinets, service de santé des Armées, fabricants, qui refusent toute réponse, et spécialistes qui ne disposent pas de données précises. Circulez, il n’y a rien à voir. Et pourtant…

Évoquer une toxicité accrue des grenades lacrymogènes utilisées par les gendarmes et policiers expose à des réponses fumeuses. Les nuages lacrymogènes sont-ils plus puissants, plus incapacitants que par le passé ? Dans les manifestations, beaucoup ont cette impression. Certains attestent de suffocations qui leur paraissent plus fortes, des yeux qu’on ne peut plus ouvrir durant plusieurs minutes, alors qu’auparavant on ne faisait que pleurer, les yeux piquants mais ouverts, des plaques rouges immédiates sur la peau, au visage, au cou…

Les équipes volantes de secouristes n’ont aussi qu’une appréciation empirique mais s’accordent sur des effets à moyen terme, notamment de bronchites chroniques durant trois à six mois après exposition aux lacrymos dans les manifestations. Secouristes sur le pavé, les streets medics ont recueilli les témoignages de personnes âgées et d’enfants affectés par ces aspersions de gaz lacrymogène aux franges des cortèges de manifestants. Et selon les morphologies, la gêne immédiate peut être très variable, affectant d’abord les yeux pour certains, la respiration pour d’autres, voire des réactions cutanées immédiates. Mais il ne s’agit là que d’un ressenti, difficilement mesurable.

Les policiers sont aussi exposés… et maintenus dans l’ignorance

Les citoyens ne sont pas les seuls exposés à ces substances irritantes. Les policiers qui les lancent les subissent aussi. Si on les interroge sur les dosages qui auraient pu monter en puissance ces dernières années, les réponses sont disparates. « Les gazeuses à main en service depuis deux ou trois ans et les dernières grenades sont plus fortes, plus irritantes qu’avant, confie à Reporterre un CRS en région parisienne. Il nous arrive d’en prendre dans les yeux, au visage, et on le ressent nettement. Bien sûr, ça dépend aussi des conditions : température extérieure, taux d’humidité, si ça tombe sur du macadam, sur de l’herbe… » « Les dernières grenades ont un effet plus fort, plus important qu’auparavant, et les derniers lanceurs multicoups [lance-grenades Riot gun Penn Arm’s à barillet, chargé de six projectiles] sont dotés de nouvelles munitions plus fortes, plus concentrées »,confirme Alexandre Langlois, du syndicat Vigi, ex-CGT police.

Cette impression n’est pas partagée par tous : « Je dirais plutôt que les grenades baissent en intensité, sauf quand on sature l’espace d’une place et que ça stagne au sol, mais ces grenades piquent davantage quand elles approchent de leur date de péremption », explique Johan Cavallero, délégué national CRS au syndicat Alliance. De son côté, Grégory Joron, secrétaire national SGP Police, explique : « Les stocks sont renouvelés régulièrement, on n’a pas changé de grenade, et rien n’a été modifié quant à la composition ou au dosage des grenades, selon ce que nous dit le Saelsi [le Service de l’achat, de l’équipement et de la logistique de la sécurité intérieure, qui fournit depuis 2014 gendarmerie et police nationale]. Seul le volume de gaz quand on sature une place change clairement la donne ».

Les citoyens ne sont pas les seuls exposés à ces substances irritantes. Les policiers qui les lancent les subissent aussi.

Fournisseurs des unités du maintien de l’ordre, la société Nobel sport, basée à Pont-de Buis (Finistère), lâche un laconique : « Il n’y aura pas de réponse de l’entreprise sur ce sujet. » Même refus d’informer chez son concurrent Alsetex, implanté à Précigné (Sarthe) : « La société Alsetex ne transmet aucune information sur les produits commercialisés à des tiers autres que nos clients. Nos produits répondent aux spécifications techniques des clients étatiques de l’entreprise. » Les ministères de la Défense et de l’Intérieur ne sont pas plus diserts, même s’ils exigent des questions écrites, transmises par courriel. Sans réponse.

Les apparitions du gaz lacrymogène remontent à la guerre de 1914-1918 

Malgré son nom, le gaz lacrymogène n’est pas un gaz mais un composé solide (à température ambiante), dilué dans des agents liquides ou gazeux, des composés fumigènes. Il s’agit de disperser le produit dans l’air par des grenades lacrymogènes simples ou par des « grenades à effets mixtes, lacrymogènes et de souffle (GLI-F4) ». Ces grenades relèvent de ce que les règlements appellent l’« usage des armes » et sont considérées dans le jargon policier comme « armes intermédiaires », « gaz incommodants » ou « incapacitants », parfois qualifiées de « sub-léthal », ou « à létalité réduite ». Pourtant, des gens sont morts, notamment en Palestine, en inhalant ces gaz. L’armée états-unienne le reconnaît aussi. Ce n’est donc pas un produit anodin, un moindre mal évitant le risque de mise à mort. Quant à savoir si les dégâts durables des lacrymogènes sur la santé sont évalués, la réponse des syndicalistes policiers, cette fois unanimes, est non. Beaucoup trouvent pourtant cette question de santé pertinente mais admettent n’avoir aucune donnée, aucune information.

À l’Hôpital d’instruction des Armées du Val-de-Grâce, Frank Ceppa, qui a écrit sur la toxicologie des armes, le reconnaît : « Je n’ai pas d’étude épidémiologique. Je donne un cours magistral dans une optique militaire aux personnels confrontés à ce type d’armes. J’évoque les risques accrus en milieu confiné, comme des réactions de stress respiratoire aigu, en cas de forte concentration, selon le nombre de munitions au mètre carré, mais je n’ai pas d’élément chiffré ni de littérature précise sur les symptômes. »

Les premières apparitions massives du gaz lacrymogène remontent à la guerre de 1914-1918.

« On est beaucoup plus exposé que les manifestants mais on n’a aucun suivi pulmonaire, dermatologique ou ophtalmique, note Alexandre Langlois, du syndicat Vigi. À part la visite périodique de la médecine du travail, très succincte : on nous prend la tension, on passe sur la balance, on nous demande si ça va et c’est tout. » « Le code du CHSCT [comité d’hygiène et de sécurité] ne s’applique pas au volet répression de la fonction publique », dit Johan Cavallero, délégué national Alliance pour les CRS.

Les premières apparitions massives du gaz lacrymogène remontent à la guerre de 1914-1918. Les Français ont tiré les premiers. Par les aspersions lacrymogènes sur les tranchées ennemies, ils ont inauguré les toxiques chimiques utilisés durant la Première Guerre mondiale. Et ont déclenché une surenchère de gaz toxiques de combat : attaques au chlore avec des gaz suffocants, comme le phosgène ou le dichlore en vagues gazeuses dérivantes, et des « vésicants », comme l’ypérite (e redoutable « gaz moutarde »). Le nom de « vesicant » vient de la capacité du produit chimique à former de grandes vésicules sur la peau exposée.

Très peu de recherches épidémiologiques ont été menées

Le gaz CS (2-chlorobenzylidène malonitrile) utilisé aujourd’hui a été développé en 1928 et porte les initiales des noms des deux chimistes états-uniens (Ben Corson et Roger Stoughton) qui ont synthétisé ses composants actifs. Mais il n’a été produit massivement par l’armée états-unienne comme arme antiémeute que bien plus tard, à partir de 1959. Ce composé lacrymogène existe en quatre versions : CS, CS1 (comprenant 5 % d’aérogel de silice), CS2 (traité au silicone) et CSX (dilué dans du phosphite trioctyl). Chaque version possède « des caractéristiques propres quant à sa persistance selon sa composition, sa dissémination et sa vitesse d’hydrolyse [sa décomposition au contact de l’eau ou de l’hygrométrie de l’air] », explique un rapport de l’armée états-unienne de janvier 2005.

L’usage de ces gaz lacrymogènes a été interdit en temps de guerre par la Convention internationale sur les armes chimiques de Genève, en 1993. Quoique bannie des conflits militaires, cette arme reste curieusement autorisée contre les manifestants civils, pour mater des conflits intérieurs, en situation de guerre sociale « domestique ». En France, en avril 2015, le Défenseur des droit relevait dans un rapport que « la police allemande n’utilise pas de gaz lacrymogène, considérant que des personnes non agressives ou non violentes pourraient en subir les effets indûment ».

Interdit en temps de guerre, l’usage de ces gaz lacrymogènes est autorisé contre les manifestants civils, comme ici en 2013, à Strasbourg, contre des sidérurgistes d’Arcelor Mittal.

Les effets des gaz lacrymogènes sont connus mais les mécanismes biologiques qu’ils mettent en branle restent peu étudiés. « Les lacrymogènes agissent sur les terminaisons nerveuses des muqueuses oculaires et respiratoires, et sur la peau »,écrivaient en 2012 deux éminents pharmaciens et un médecin de l’École de santé des Armées, tout en reconnaissant que « le mécanisme d’action est mal connu » et n’avançant aucune hypothèse vraisemblable des raisons de ces attaques des yeux, de la peau et des poumons. Leur article, intitulé « Toxicité oculaire des agressifs chimiques », a été publié par la revue Médecine et armées.

Un article paru en 2016 dans les Annales de la New York Academy of Sciencesexplique que des études prouvent que le gaz lacrymogène peut « occasionner des dégâts durables, pulmonaires, cutanés et oculaires, avec des risques élevés de complications pour les individus affectés par des morbidités chroniques ». L’étude souligne que par manque de financement public, très peu de recherches épidémiologiques ont été menées sur le spectre des effets sanitaires occasionnés par cette arme antiémeute. Ce qui « handicape la connaissance médicale des effets à long terme et le développement de traitements et contre-mesures ». L’article qui s’attache principalement aux lacrymogènes utilisés aux États-Unis fait état de grenades type composées de 45 % d’agent CS, de 30 % de chlorate de potassium, de 14 % de résine époxy, de 7 % anhydride maléique, 3 % d’anhydride méthylnadique, et de 0,03 % de mélange résiduel. Rien ne dit que les fabricants français Nobel Spsrt et Alsetex livrent le même cocktail, mais on serait en droit de la savoir.

Mortel pour des personnes souffrant d’asthme ou d’autres problèmes bronchiques 

Les dégâts instantanés sur la santé sont inventoriés ; les effets durables, beaucoup moins. Dans l’immédiat, on constate des effets irritants sur les yeux, des plaques rouges sur la peau, presque instantanés : mais une exposition prolongée à des composés neurotoxiques peut occasionner des problèmes respiratoires sérieux, voire des crises cardiaques, comme le documentait une étude de l’université anglaise de Newcastle-upon-Tyne, publiée en 2003 par le Journal of the American Medical Association. Ces effets sont renforcés chez des enfants (que la police a par exemple gazés lors de la manifestation du 1er mai 2017 à Paris). Chez des femmes enceintes, il peut provoquer des fausses couches et s’avère mortel pour des personnes souffrant d’asthme ou d’autres problèmes bronchiques.

« De fortes concentrations sur des périodes courtes peuvent être plus dangereuses que la même dose dispersée en petites concentrations sur une plus longue durée », note une étude néo-zélandaise publiée en 2013, soulignant que les effets oculaires connus (yeux rouges et larmes) « incluent douleur, blépharospasme [contractions répétées et involontaires des paupières], photophobie [douleurs, migraines, en regardant une source lumineuse], conjonctivite, œdème périorbital, érythème de paupière. Ces symptômes n’occasionnent pas d’effets irréversibles, mais des blessures oculaires plus sévères ont été documentées, incluant hyphéma [sang à l’avant de l’œil], uvéite[inflammation de l’uvée], keratite [inflammation de la cornée] nécrosante ou coagulative, symblépharon [paupières collées], glaucome secondaire, cataractes et neuropathie optique traumatisante. » Les auteurs du rapport précisent la difficulté est de « déterminer si les dommages oculaires étaient dus au lacrymogène en soi, au solvant des grenades, ou un résultat de la charge explosive du produit ».

Autant d’éléments préoccupants qui auraient mérité des réponses des opérateurs publics de ces lacrymogènes. Il paraît indispensable que, comme tout produit répandu dans l’espace public, pesticide ou médicament, la transparence s’impose aux gaz lacrymogènes avec des études indépendantes.

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GAZ LACRYMOGÈNES : UNE QUESTION DE SANTÉ PUBLIQUE QUE LE GOUVERNEMENT ET LES FABRICANTS PASSENT SOUS SILENCE

Lien vers l’article

Publié par wikistrike.com sur 30 Novembre 2018, 08:52am

Catégories : #Social – Société#Santé – psychologie

Gaz lacrymogènes : une question de santé publique que le gouvernement et les fabricants passent sous silence

Lors du récent mouvement des gilets jaunes en France, les gaz lacrymogènes ont une énième fois été utilisés. Or, cette arme jugée non létale est utilisée dans le monde entier, bien que les risques pour la santé sont bien réels.

Une utilisation très fréquente

Récemment dans notre pays, les diverses manifestations ont parfois donné lieu à des confrontations avec les forces de l’ordre. Ces heurts ont généré l’utilisation de lacrymogènes, un terme désignant l’ensemble des composés causant une incapacité temporaire par irritation des yeux et/ou du système respiratoire (ou encore de la peau).

Très utilisés par tous les gouvernements français, les gaz lacrymogènes sont massivement utilisés aux quatre coins du monde contre les populations. Tout récemment, le président des États-Unis, Donald Trump, a défendu l’usage des gaz lacrymogènes dans le but de stopper les migrants à la frontière mexicaine.

Une toxicité qui augmente

Un long article publié dans le magazine Reporterre le 15 mars 2018 évoque une composition des gaz lacrymogènes évoluant vers davantage de toxicité. Il s’agirait d’une question de santé publique que le gouvernement et les fabricants passeraient sous silence. Non seulement les effets sur la santé n’ont jamais été exposés officiellement, mais c’est aussi le cas de la composition exacte des gazlacrymogènes.

L’enquête parle de manifestants indiquant des “suffocations qui leur paraissent plus fortes” et des secouristes évoquant des “bronchites chroniques durant trois à six mois après exposition”. Un CRS de la région parisienne a même constaté une irritation plus importante au niveau des gazeuses à main en service en France depuis une poignée d’années.

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Qu’en dit la police ?

L’enquête estime que les policiers – également exposés aux gaz lacrymogènes – seraient eux aussi maintenus dans l’ignorance. Pour preuve, une sérieuse divergence de ressenti et d’opinion. Pour Alexandre Langlois du syndicat Vigi (ex-CGT police), il est question de “nouvelles munitions plus fortes, plus concentrées” concernant les lance-grenades Riot gun Penn Arm’s à barillet (six projectiles).

En revanche Johan Cavallero, délégué national CRS au syndicat Alliance estime que “les grenades baissent en intensité, sauf quand on sature l’espace d’une place et que ça stagne au sol”, mais que celles-ci “piquent davantage quand elles approchent de leur date de péremption”. Grégory Joron, secrétaire national SGP Police, évoque un renouvellement fréquent des stocks et ajoute qu’aucune modification de la composition – ou du dosage – des grenades n’a été constatée. Ceci lui aurait été confirmé par le Service de l’achat, de l’équipement et de la logistique de la sécurité intérieure (Saelsi).

Très peu d’études sur la question

Selon Frank Ceppa de l’Hôpital d’instruction des Armées du Val-de-Grâce, il n’existe aucune étude épidémiologique ayant été menée en France sur les effets des gaz lacrymogènes. L’intéressé donne des cours aux personnels confrontés à ce type d’armes et évoque différents risques – spécialement en milieu confiné – tels que le stress respiratoire aigu. Le problème réside dans le fait que la maigre connaissance médicale des effets à long terme est conditionnée par le manque de recherche, ce qui ne permet donc pas le développement de traitements et autres contre-mesures.

Cependant, certaines études menées notamment au Royaume-Uni et en Nouvelle-Zélande évoquent des problèmes respiratoires sérieux, voire des crises cardiaques en cas d’exposition prolongée. Il est par ailleurs question de possibles fausses couches pour les femmes et d’un danger potentiellement mortel pour les personnes souffrant d’asthme et autres maladies du même type.

Sources : Reporterre – RFI – Libération

via:https://citizenpost.fr/2018/11/gaz-lacrymogenes-une-question-de-sante-publique-que-le-gouvernement-et-les-fabricants-passent-sous-silence/

Pourquoi faut il interdire les gaz lacrymogène.

Interdit comme arme de guerre, mais pas pour ses usages “civils”, le gaz lacrymogène est d’autant plus dangereux qu’il est utilisé de manière irresponsable. Notamment en France, pays exportateur de ce produit et de son savoir-faire répressif…

Alors que la police utilise massivement le gaz lacrymogène à l’encontre des manifestants opposés à la loi travail il convient de s’intéresser de plus près à cette arme. Un examen dont résulte la nécessité d’interdire largement son usage pour protéger la population. Une mesure qui devrait accompagner la campagne en cours pour l’interdiction du flashball.




Une arme chimique illégale en temps de guerre

Il est généralement admis que les Mayas ont été les premiers à utiliser le gaz lacrymogène comme arme de guerre pour se défendre contre les colonisateurs européens en 1605. Toutefois, son usage s’est véritablement répandu pendant la Première guerre mondiale. La France, ayant découvert un intérêt militaire au gaz lacrymogène dès 1905, l’a d’abord utilisé contre les troupes allemandes en 1914, le gouvernement allemand a ensuite ordonné à ses soldats de riposter avec des armes encore plus toxiques.

Alors que la police utilise massivement le gaz lacrymogène à l’encontre des manifestants opposés à la loi travail il convient de s’intéresser de plus près à cette arme. Un examen dont résulte la nécessité d’interdire largement son usage pour protéger la population. Une mesure qui devrait accompagner la campagne en cours pour l’interdiction du flashball

Une arme chimique illégale en temps de guerre

Il est généralement admis que les Mayas ont été les premiers à utiliser le gaz lacrymogène comme arme de guerre pour se défendre contre les colonisateurs européens en 1605. Toutefois, son usage s’est véritablement répandu pendant la Première guerre mondiale. La France, ayant découvert un intérêt militaire au gaz lacrymogène dès 1905, l’a d’abord utilisé contre les troupes allemandes en 1914, le gouvernement allemand a ensuite ordonné à ses soldats de riposter avec des armes encore plus toxiques.

Après la guerre, les conventions de Genève ont successivement banni ces armes dans le droit de la guerre. Par contre, l’usage à l’encontre des civils est resté légal. Dans les années 1960 les pays soi-disant communistes ont proposé une interdiction totale. Lorsqu’en 1993 la Convention sur les armes chimiques a enfin été signée on y trouve à nouveau des exceptions pour l’usage domestique du gaz.

Une arme extrêmement dangereuse

D’après une étude de l’université de Yale, le gaz lacrymogène n’a pas seulement des effets irritants : il s’agit surtout d’un gaz neurotoxique. Ainsi, le contact avec ce gaz ne provoque pas seulement des douleurs immédiates, mais l’exposition prolongée au gaz lacrymogène peut causer des problèmes respiratoires sérieux, voire des crises cardiaques comme on peut le lire dans le Journal of the American Medical Association. Ces effets sont renforcés chez des enfants (que la police a par exemple gazés lors de la manifestation du 1er mai à Paris). Chez des femmes enceintes, il peut provoquer des fausses couches et s’avère mortel pour des personnes souffrant d’asthme ou d’autres problèmes bronchiques.

Le gaz lacrymogène peut non seulement asphyxier des adultes – comme l’atteste l’AFP – mais les tirs de gaz lacrymogène peuvent également provoquer la mort : deux cas en récents en Palestine le démontrent. Par ailleurs, le médecin Sven-Eric Jordt indique que personne ne connaît les effets à long terme de l’exposition au gaz lacrymogène, mais souligne que, dans l’immédiat, il cause des blessures significatives et cela alors que son usage par la police semble se normaliser. D’après une étude de l’université de Yale, le gaz lacrymogène n’a pas seulement des effets irritants : il s’agit surtout d’un gaz neurotoxique. Ainsi, le contact avec ce gaz ne provoque pas seulement des douleurs immédiates, mais l’exposition prolongée au gaz lacrymogène peut causer des problèmes respiratoires sérieux, voire des crises cardiaques comme on peut le lire dans le Journal of the American Medical Association. Ces effets sont renforcés chez des enfants (que la police a par exemple gazés lors de la manifestation du 1er mai à Paris). Chez des femmes enceintes, il peut provoquer des fausses couches et s’avère mortel pour des personnes souffrant d’asthme ou d’autres problèmes bronchiques.

En France la police l’utilise clairement de manière irresponsable : depuis le début de la lutte contre la loi travail – et sans parler de Notre-Dame-des-Landes – elle gaze à grande échelle et notamment les lycéens. Le jeudi 28 avril, elle est allée plus loin en gazant d’abord l’intérieur de la station de métro Nation pour ensuite fermer les sorties – quelques minutes plus tard, la RATP a lancé un premier appel à secouristes –, et le 1er mai elle a encerclé la tête du cortège avant de le gazer. D’après une étude de l’université de Yale, le gaz lacrymogène n’a pas seulement des effets irritants : il s’agit surtout d’un gaz neurotoxique. Ainsi, le contact avec ce gaz ne provoque pas seulement des douleurs immédiates, mais l’exposition prolongée au gaz lacrymogène peut causer des problèmes respiratoires sérieux, voire des crises cardiaques comme on peut le lire dans le Journal of the American Medical Association. Ces effets sont renforcés chez des enfants (que la police a par exemple gazés lors de la manifestation du 1er mai à Paris). Chez des femmes enceintes, il peut provoquer des fausses couches et s’avère mortel pour des personnes souffrant d’asthme ou d’autres problèmes bronchiques.





Que faire face au gaz lacrymogène ?

Il existe environ quinze types de gaz lacrymogène. Alors que les producteurs donnent généralement beaucoup d’informations sur la toxicité et les conséquences potentiellement graves provoquées par leurs produits, ils sont étonnement muets concernant le comportement à adopter une fois exposé au gaz. En principe, pour s’en débarrasser il faut de l’air frais ainsi qu’un nettoyage des yeux et autres parties du corps. Cela implique de pouvoir circuler librement, chose que cette police même, qui gaze, empêche souvent.

Dans le cadre de mobilisations fortes comme à Gezi (Turquie), à Syntagma (Grèce), à Tahrir (Égypte), à Ferguson (États-Unis) ou en Palestine les militants conseillent également des masques, voire de brûler des pneus ou poubelles puisque le feu consume le gaz dans l’air. Des militants de Tahrir ont également conseillé de nettoyer les visages avec du Coca et d’autres recommandent du sérum physiologique. Mais le fait est que, dans certaines situations, comme à Gezi, la police a fait usage de différents types de gaz : ainsi le traitement contre un type de gaz est-il susceptible d’aggraver les effets d’un autre type. Il existe environ quinze types de gaz lacrymogène. Alors que les producteurs donnent généralement beaucoup d’informations sur la toxicité et les conséquences potentiellement graves provoquées par leurs produits, ils sont étonnement muets concernant le comportement à adopter une fois exposé au gaz. En principe, pour s’en débarrasser il faut de l’air frais ainsi qu’un nettoyage des yeux et autres parties du corps. Cela implique de pouvoir circuler librement, chose que cette police même, qui gaze, empêche souvent.



Répression et commerce de concert

Le marché de ces armes “non-létales” est estimé à plus de 1,6 milliard de dollars, avec un fort potentiel de croissance dans les années à venir. La France figure parmi les pays qui profitent fortement de ce marché. Ainsi, dans le cadre des révolutions arabes, le gaz lacrymogène français a servi à mater la révolution de 2011 au Bahreïn et a causé la mort d’au moins trente-neuf personnes selon l’ONG Physicians for Human Rights.

Face à l’accusation de participer indirectement à des violations des droits humains, la France a officiellement arrêté de fournir des armes à la dictature au Bahreïn tout en se réservant des voies alternatives : soit en livrant à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, alliés du régime au Bahrein – un marché qui vaut plus de trois millions d’euros – soit en vendant directement à la dictature mais sous une licence d’exportation différente. De même, le gouvernement français a autorisé l’envoi de gaz lacrymogène au dictateur Ben Ali alors que le peuple tunisien avait déjà commencé le soulèvement de 2011.




La France, exportatrice de “savoir-faire”

En plus des livraisons d’armement la France se considère comme un exportateur de compétences en “gestion de foules”, qui forme les forces répressives étrangères. Afin de rendre crédible l’offre français en matière de répression, la France a régulièrement besoin de prouver l’efficacité de ses armes et de sa police. Dans ce contexte, l’entreprise Civipol qui vend un « véritable savoir-faire français » de conseil et des formations reconnaît que la répression des quartiers populaires de 2005 a nettement fait progresser les contrats liés au maintien de l’ordre.

En 2008, juste après la répression des émeutes au Tibet, la Chine a reçu une délégation de la gendarmerie française pour former des policiers, tout comme la France a formé la police du dictateur Moubarak en Égypte et des CRS en Afrique du Sud qui, lors de la grève à Marikana de 2012 ont tué trente-quatre ouvriers. Ainsi, les soi-disant débordements lors des manifestations contre la loi travail ne sont pas seulement organisés par l’Etat à des fins immédiatement politiques, mais ils rapportent des profits.




Vers l’interdiction du gaz lacrymogène

Compte tenu des dangers inhérents au gaz lacrymogène, le groupe parlementaire de Die Linke a présenté en 2011 – à la suite de la répression massive du mouvement social et écologiste contre le projet Stuttgart 21 – une proposition de loi visant à largement interdire le gaz lacrymogène. Leur proposition prévoit de prohiber son usage sauf en cas de danger pour la vie d’un policier ou d’autrui et implique qu’à chaque fois la personne ayant eu recours à cette arme soit identifiable.

Alors que nous sommes dans un contexte de lutte et de répression similaire cette mesure est urgente pour protéger les manifestants et permettre à la majorité de la population – qui est opposée à la loi travail – de s’exprimer librement.

Source:
http://www.regards.fr/web/article/pourquoi-il-faut-interdire-le-gaz?fbclid=IwAR1bPwNKubA6p5kbtn-70m9Id-cTeA0p5QZAJZDC5M-GcVbK2h4dJRu2wfU