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e danger des gaz lacrymogènes vient plus de leur effet irritant que de potentielles traces de cyanure

COPIERTaille : x pxPopulationÀ LA LOUPE – Maxime Nicolle, l’une des figures des Gilets jaunes, assure dans un live sur le réseau social Facebook que le gaz CS, composant des lacrymo lancées en manifestations, peut conduire à une intoxication au cyanure. Après un premier article sur le sujet, À La Loupe s’est intéressé aux nouveaux arguments avancés.11 avr. 2019 23:39 – Claire Cambier

Mardi 9 avril, dans la soirée, Maxime Nicolle s’adresse à ses nombreux abonnés pour parler des gaz lacrymogènes. Il y assure avoir été mis en contact avec un docteur en biologie moléculaire et explique, composition chimique à l’appui, comment ces gaz, une fois ingérés par le corps humain, se transforment en cyanure. “LCI ou je ne sais pas quelle chaîne de télévision” se serait donc trompé ou plutôt “ne s’était pas renseigné sur le sujet et sous-estimait les effets”, avance-t-il.

À La Loupe s’était effectivement intéressé à ce sujet dans un article intitulé “Gilets jaunes : des manifestants ont-ils pu être intoxiqués au cyanure ?” et étayé par une toxicologue du Centre-antipoison du CHU d’Angers et un professeur de chimie organique à l’université de Caen. Aurions-nous mal interprété les propos de ces scientifiques ? Une intoxication au cyanure serait-elle possible, contrairement à ce que nous avancions ? Nous avons tâché de le découvrir. 

Le Gilet jaune breton se repose sur les recherches du groupe SOS ONU, un collectif qui dénonce les violences policières lors des manifestations et tente, entre autres, de recueillir des preuves d’intoxications au cyanure. Ce même groupe avait mis en ligne début avril, pour prouver son argumentaire, l’analyse de sang d’une manifestante mesurant les thiocyanates sériques. Nous l’avions soumis à une toxicologue dans le cadre de notre premier article. Les taux de thiocyanates présents dans le sang (15,9 mg/L), soit ce en quoi notre foie transforme et élimine le cyanure, correspondaient à ceux d’une personne fumeuse, ce que nous avait confirmé être, et régulièrement, la manifestante.

Mardi 9 avril, SOS ONU a posté une nouvelle analyse mesurant les thiocyanates, cette fois dans les urines, d’une personne “sportive, non fumeuse” qui avait manifesté le 16 mars à Paris. Elle présente un taux de 31,4 mg/L quand le taux moyen pour un non fumeur ne devrait pas dépasser les 10 mg/L. Plutôt étonnant. Nous avons donc pris contact avec le Dr François Parant du laboratoire de biologie médicales du CHU de Lyon, qui a – selon le bilan sanguin présenté – validé les résultats. Ce dernier nous assure que le document est bien véridique et n’a pas été falsifié. 

Dans un cas spécifique d’inhalation de cyanure, il faudrait en réalité s’intéresser à d’autres marqueurs (que les thiocyanates).Dr Marie Deguigne, centre anti-poison du CHU d’Angers

Comment expliquer alors ces taux ? Maxime Nicolle affirme que le CS (ou 2-chlorobenzylidene malononitrile ) – qui est le composant des gaz lacrymogènes utilisés par les forces de l’ordre – se dégrade en cyanure dans le corps humain. Il liste à ce propos, en commentaire de sa vidéo, plusieurs études scientifiques allant dans ce sens. Problème : chacune d’entre elles porte sur des rats ou des souris. En est-il de même pour l’homme ?

Interrogé, le Pr Parant avoue ne pas pouvoir nous répondre. “Personne n’en sait rien”, nous confie-t-il. Il nous indique également que les analyses effectuées (les taux de thiocyanates dans le sang ou les urines) ne sont en tout cas pas la meilleure méthode pour le vérifier. “Nous utilisons des méthodes colorimétriques, qui ne sont pas spécifiques”. Autrement dit, qui ne permettent pas de cibler précisément les taux de cyanure. “On se trompe de marqueurs”.

Sa consœur, Marie Deguigne, du centre de toxicologie du CHU d’Angers (que nous avions contacté pour le premier article) le rejoint là-dessus. “Les méthodes colorimétriques présentent beaucoup d’interférences”, nous dit-elle. “Dans un cas spécifique d’inhalation de cyanure, il faudrait en réalité s’intéresser à d’autres marqueurs. Si je suspectais un tel cas, je mesurerais les cyanures sanguins, tout simplement.” Le problème repose sur le délai : “Il faut le faire rapidement, le jour même.”

Cela n’explique pas pour autant les taux élevés de thiocyanates de la manifestante non fumeuse. Une théorie existe : ces taux ne proviendraient pas des gaz lacrymogènes mais plutôt des fumées d’incendie. Lors de la manifestation du 16 mars à Paris, de nombreux bâtiments, kiosques à journaux et barricades ont été incendiés. “Dans les fumées d’incendie, il y a effectivement du monoxyde de carbone et du cyanure”, nous explique Dr Deguigne. “Les matières plastiques et les tissus qui brûlent dégagent un peu de cyanure. Les personnes exposées peuvent être intoxiquées, c’est une hypothèse pertinente.”

“On ne peut pas tout transposer de l’animal à l’homme”

Malgré cette hypothèse, le Dr Parant nous glisse tout de même la fiche toxico écotoxico chimique du  2-chlorobenzylidene malononitrile effectuée par l’association ATC. On y lit que “la Toxicité aigüe, par atteinte du système nerveux central et du cœur serait due, après métabolisation, à la formation d’Anion cyanure.” Une étude sérieuse ? Son auteur n’étant autre que le Dr André Picot, une référence en toxicologie-chimie, il semble donc que oui.

Contacté par LCI, l’expert nous indique que ces données proviennent d’études effectuées sur des animaux et non sur l’homme, encore une fois. “C’est un indice”, nous dit-il. “Mais il faut être prudent, c’est très complexe, on ne peut pas tout transposer de l’animal à l’homme. Par exemple, des produits peuvent donner des cancers chez l’homme et pas chez des animaux et inversement.”

Pour le Dr Beguigne, les doses injectées dans les animaux dans les différentes études empêchent de dresser le moindre parallèle avec le gaz lacrymogène : “Ça peut être troublant. Effectivement, quand on injecte du CS dans un animal, on retrouve du cyanure dans le sang mais ce sont des doses de CS massives et cela ne correspond absolument pas à ce que l’on observe quand une personne est exposée par voie inhalée dans l’atmosphère. Nous parlons là de doses 1000 fois plus importantes.” Elle reprend une récente étude effectuée sur des patients sains. Exposés pendant 90 minutes à des gaz lacrymogènes, aucun ne présentait ensuite de CS dans le sang et “encore moins de cyanure”.

“En toxicologie, dire qu’un produit est toxique ne veut pas dire grand-chose, tout dépend de la dose. Prenez de l’eau, ce n’est pas toxique mais si vous buvez 7 litres, vous êtes intoxiqués.”

Un doute qui n’est pas nouveau

Ce doute porté sur les gaz lacrymogènes n’est en réalité pas nouveau. Dans une étude citée par le groupe SOS sur les 76 membres d’une secte, mortes à Waco au Texas après l’intervention de la police, les auteurs posent cette même question, après que des traces de cyanure ont été retrouvées dans le corps des victimes. Impossible cependant d’avancer la thèse d’une intoxication au cyanure suite à une exposition aux gaz lacrymogènes. Un incendie massif a éclaté dans le bâtiment et l’intoxication s’expliquerait plutôt par les inhalations de fumées.

Le danger vient de son pouvoir irritant, pas du cyanure

Le CS reste cependant nocif à forte dose. Les gaz lacrymogènes ont un effet irritant, font tousser, piquent les yeux, provoquent parfois des nausées. “Le gaz va irriter les bronches et les efforts de toux peuvent provoquer des vomissements”, détaille la toxicologue. “Et dans certains cas, quand vous inhalez, cela peut toucher également le conduit digestif”.

Les complications respiratoires peuvent intervenir sur des personnes fragiles (enfants, personnes asthmatiques) ou lorsqu’un “accident se produit et qu’une grenade est lancé dans une pièce fermée, sans aération.” poursuit Marie Deguigne. “Là, oui, il y a des risques sérieux.”

“Le danger vient de son pouvoir irritant”, corrobore le Dr André Picot. “Cela peut conduire à des décès”. Il cite la “bible” de la toxicologie, Toxicologie clinique de Frédéric Baud et Robert Garnier : “Des décès ont été rapportés avec notamment une atteinte caustique de l’appareil respiratoire”. Que les manifestants se rassurent toutefois : “Les symptômes irritants sont produits à des concentrations au moins 2600 fois plus faibles que la concentration létale. Il existe donc pour le CS une marge de sécurité importante entre la concentration qui produit un effet incapacitant et la concentration qui cause des effets néfastes”, rapporte l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), dans son Guide toxicologique.

Pour conclure, la Dr Deguigne tient à souligner : “Il faudrait injecter des doses énormes pour que  – peut-être – le CS se métabolise en cyanure, mais le patient mourrait d’un effet irritant pulmonaire avant d’être intoxiqué au cyanure”.

Vous souhaitez réagir à cet article, nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N’hésitez pas à nous écrire à l’adresse alaloupe@tf1.fr.

GJ Magazine – LCI se réveille

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Intoxication au cyanure, LCI se réveille ! (Màj)

5 avril 20190 réaction 8408 SociétéVictimes

10/4/19
Les officiciers et commissaires de police utilisent l’article de LCI à la vidéo de Fly Rider

Officiers et Commissaires de police@PoliceSCSI

Un peu de lecture pour ⁦@FlyRiderGj⁩ , les professeurs de chimie en herbe, les diffuseurs de #fakenews.#FDO #lacrymogène #cyanure
Gilets jaunes : des manifestants ont-ils pu être intoxiqués au cyanure ? – LCI https://www.lci.fr/population/fact-check-gilets-jaunes-des-manifestants-ont-ils-pu-etre-intoxiques-au-cyanure-2117244.html …8220:05 – 10 avr. 2019Informations sur les Publicités Twitter et confidentialitéGilets jaunes : des manifestants ont-ils pu être intoxiqués au cyanure ?#Population : À LA LOUPE – Sur les réseaux sociaux, de nombreux Gilets jaunes se montrent inquiets. Ils craignent que les gaz lacrymogènes lancés lors des manifestations ne causent des intoxications…lci.fr89 personnes parlent à ce sujet

https://youtu.be/AR1FGTq6ZP8

Officiers et Commissaires de police@PoliceSCSI · 10 avr. 2019

Un peu de lecture pour ⁦@FlyRiderGj⁩ , les professeurs de chimie en herbe, les diffuseurs de #fakenews.#FDO #lacrymogène #cyanure
Gilets jaunes : des manifestants ont-ils pu être intoxiqués au cyanure ? – LCI https://www.lci.fr/population/fact-check-gilets-jaunes-des-manifestants-ont-ils-pu-etre-intoxiques-au-cyanure-2117244.html …Gilets jaunes : des manifestants ont-ils pu être intoxiqués au cyanure ?#Population : À LA LOUPE – Sur les réseaux sociaux, de nombreux Gilets jaunes se montrent inquiets. Ils craignent que les gaz lacrymogènes lancés lors des manifestations ne causent des intoxications…lci.fr

V for Vendetta@HHoneur123:56 – 10 avr. 2019Informations sur les Publicités Twitter et confidentialité

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5/04/19

Nous vous avions alerté au mois de Mars au sujet de plusieurs intoxications, voir notre article …

Des gilets jaunes intoxiqués au cyanure ?

LCI semble se reveiller

Depuis plusieurs semaines, les craintes se font de plus en plus fortes dans les rangs de Gilets jaunes : les gaz lacrymogènes contiendraient du cyanure et plusieurs manifestants auraient été intoxiqués. Des messages alarmants sont régulièrement postés sur les groupes Facebook du mouvement. Créé le 16 mars, le groupe « SOS ONU OFFICIEL Appel à Témoins Violences Policières GJ » récolte, comme son nom l’indique, tous les témoignages possibles sur les violences commises par des forces de l’ordre, en vue de déposer un dossier auprès des Nations Unies. Les potentielles intoxications au cyanure en font partie. Le 1er avril, les administrateurs assurent avoir une preuve. Ils postent les résultats d’un test sanguin sur le réseau social, avec pour commentaire : « Analyses CYANURE POSITIF !! »

Info Dénichée sur lci.fr à lire en intégralité en cliquant ici. Votre avis est important, exprimez-vous. (Commentaire apprécié)

Gaz lacrymogène: Montpellier suffoque

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Gaz lacrymogène: Montpellier suffoque

4 AVRIL 2019 PAR XAVIER MALAFOSSE ET BENJAMIN TÉOULE (LE D’OC)

Au lendemain de l’acte XIX des « gilets jaunes », samedi 23 mars, plusieurs manifestants ont constaté des problèmes de santé liés à l’utilisation massive et répétée du gaz lacrymogène. Les forces de l’ordre commencent, elles aussi, à relever quelques symptômes. Ne s’agit-il pas plus d’un problème de santé publique que de maintien de l’ordre ?

« On est plus chaud ! Plus chaud ! Plus chaud qu’le lacrymo ! » Ce slogan entendu quasiment chaque samedi dans le cortège des « gilets jaunes » symbolise la volonté de ne pas se retirer des rues du centre-ville de Montpellier, malgré la volonté des forces de l’ordre de disperser les manifestants. Mais les contestataires pourraient bien déchanter.

En effet, ces deux dernières semaines, pour la première fois depuis le début du mouvement, un nombre important d’entre eux se plaint de la dégradation de leur santé. Les témoignages sont nombreux et les symptômes vont tous dans le même sens : fatigues chroniques anormales, difficultés respiratoires, saignements du nez, céphalées, pics de tension, diarrhées et nausées.  

Une boucle Telegram, application de messagerie sécurisée, a été ouverte par Christophe, membre de la cellule communication au sein de l’assemblée des gilets jaunes de Montpellier, afin de recueillir ces témoignages. « J’ai des essoufflements au moindre effort. J’ai la sensation d’étouffement. Mon amplitude respiratoire est diminuée », écrit Hamida. « Les nuits sont difficiles. J’ai un gros mal de gorge, ma toux est douloureuse et j’ai mal aux poumons », peut-on lire également. Ou encore : « Je suis HS ! Je tousse grave et crache très jaune, j’ai la gorge irritée. » Des personnes, jusque-là non diagnostiquées comme asthmatiques, auraient même été prises de crises d’asthme. 

Une nuée de gaz lacrymogène rue Foch, à Montpellier. © Xavier Malafosse

Une nuée de gaz lacrymogène rue Foch, à Montpellier. © Xavier Malafosse

  • « La dose de trop »

Le 23 mars, Maria, aide-soignante de Frontignan et volontaire chez les street medics, s’est déplacée dans la capitale héraultaise pour participer à l’acte XIX, un rassemblement régional réunissant un peu plus de 4 000 manifestants. Trois jours après, elle constatait subir encore d’importantes séquelles.

« J’ai les yeux qui brûlent. Pendant plusieurs jours, je ne pouvais pas sortir dehors sans protections solaires, lunettes et casquette. J’ai eu une inflammation de la sphère ORL. C’est la première fois qu’il m’arrive d’avoir de tels encombrements après une manifestation, explique-t-elle au D’Oc. Pour moi, ce samedi-là, la quantité de gaz reçue n’avait rien à voir avec les week-ends précédents. Ça m’a brûlé la peau. Je suis allée aux urgences car c’était la dose de trop. Puis, j’ai consulté mon médecin généraliste, et été mise sous cortisone. » Choquée, elle n’a pas souhaité revenir arpenter les rues de Montpellier pour l’acte XX.

De son côté, Fabienne, infirmière libérale, se sent « dans un état grippal »« les jambes sciées ». Elle ressent ces symptômes depuis l’acte XVIII de Paris, auquel elle a participé. Mais Fabienne ne comprend pas, se considérant d’ordinaire en bonne forme : « J’ai tout de même réalisé la marche citoyenne pour le RIC, en février, qui partait du Grau-du-Roi [dans le Gard – ndlr] pour rejoindre la capitale. »

Mêmes anomalies pour Kevin, de Narbonne, après sa mobilisation à Montpellier pour l’acte XIX : « Pendant deux ou trois jours, j’ai saigné du nez. J’ai encore des maux de tête, je suis essoufflé comme si je venais de fumer quatre paquets de clopes d’un coup. »

Un autre gilet jaune de l’Aude raconte au D’Oc avoir eu des séquelles inédites après la manifestation du 23 mars. « Le dimanche, j’étais anormalement fatigué, j’ai eu des troubles de l’élocution, des oublis injustifiés, se souvient Ludovic, fonctionnaire territorial. Le lundi, je suis parti aux urgences. On m’a dit que mon état était semblable à celui d’une personne qui consommait des psychotropes. Puis, au fil des jours, c’est passé. »

On trouve également d’autres récits sur les réseaux sociaux. La situation inquiète la Ligue des droits de l’homme (LDH) de Montpellier, d’autant que l’une de ses observatrices a, elle aussi, subi d’étonnants troubles après la journée du 23 mars. Son docteur explique constater « une exacerbation sévère d’asthme suite à un syndrome d’irritation bronchique ».

Deux jours après l’acte XX du 30 mars, le médecin écrivait que la patiente « exposée à plusieurs reprises à des gaz lacrymogènes à l’origine de crises d’asthme sévères » avait « un bilan fonctionnel très altéré avec un VEMS [volume expiratoire maximal par seconde – ndlr] à 1.441, soit 54 % de la valeur théorique, distension et hyperinflation. La patiente présente des symptômes pluri-quotidiens. Je propose une corticothérapie orale progressivement décroissante sur 7 jours » et recommande « des nébulisations de Ventoline » ainsi qu’un « scanner thoracique ».

Plusieurs journalistes montpelliérains, habitués à couvrir les manifestations, ont également ressenti l’intensité plus forte du gaz lacrymogène, le quotidien Midi Libre s’en étant même fait l’écho lundi dernier. La LDH prend le sujet très au sérieux : samedi, devant la préfecture de l’Hérault, ses représentants ont d’ailleurs lancé un appel à témoignages pour mesurer l’ampleur du phénomène. 

  • Les forces de l’ordre dans le doute

Ces derniers samedis, les tirs de gaz lacrymogène partent tous azimuts, que ce soit dans les petites ruelles médiévales de l’Écusson ou sur la vaste place de la Comédie. Il n’est pas rare que les forces de l’ordre se retrouvent elles-mêmes au milieu des nuages de gaz.

« De plus en plus de collègues sont incommodés, confirme au D’Oc Christophe Miette, responsable syndical des cadres de la sécurité intérieure (SCSI) pour la zone Occitanie. Ces dernières semaines, les cartouches contiennent plus de galettes. Il existe différentes sortes de grenades dont la teneur en Cs varie entre 7 % et 15 %. Chaque organisation fonctionne avec ses propres méthodes de lancer. »

Christophe Miette affirme que « le stock de grenades a été renouvelé en 2015 et a une durée de validité de 20 ans ». Selon lui, « la composition du gaz n’a pas été modifiée ». Néanmoins, l’augmentation du dosage n’est pas sans conséquences. D’après lui, « il y a plus de particules qui flottent dans l’air, et donc, beaucoup plus qui s’imprègnent sur la peau et les vêtements. L’idéal serait de se mettre nu, de se laver et de changer ses vêtements rapidement ».

Le constat est aussi partagé par Yann Bastière, délégué syndical de l’unité SGP Police FO à Montpellier. « Plusieurs collègues ont des problèmes cutanés et oculaires, dus à un matériel de protection inadapté », note-t-il auprès du D’Oc. Il relève « quelques arrêts maladie dont la cause serait aussi à mettre en perspective avec les risques psychosociaux liés à une sollicitation permanente depuis quatre mois ».

Dans cette période agitée, le suivi médical des fonctionnaires de police n’a pourtant pas été renforcé. Et Yann Bastière admet volontiers que recevoir du gaz lacrymogène tous les samedis depuis environ 15 semaines est « une situation inédite ». Il y a peu de rotation chez les effectifs, « par exemple, les mêmes hommes de la compagnie départementale d’intervention sont sur le terrain trois samedis sur quatre ».

Avec des conséquences pour tout le monde, y compris commerçants, touristes, passants, personnes âgées ou vulnérables, parents avec poussettes et bambins. Car le gaz lacrymogène est une arme non létale mais imprécise. Elle ne cible personne en particulier, et son usage semble souvent répété et disproportionné.

  • La France, pays pilote

Si la Convention de Genève sur les armes chimiques (1993) interdit l’emploi des gaz lacrymogènes en temps de guerre, paradoxalement, il est autorisé dans le maintien de l’ordre. La France, pays pilote dans l’utilisation du gaz, en a fait sa doctrine. Un usage qui tend à se banaliser.

Plus de 10 000 grenades auraient été tirées à Notre-Dame-des-Landes en dix jours, tandis qu’un brigadier-chef reconnaît dans Le Figaro que sa compagnie de CRS en a tiré plus d’un millier lors de la troisième journée de mobilisation des gilets jaunes à Paris, lors des incidents autour des Champs-Élysées (au total, il y en avait eu 5 000 la semaine précédente dans la capitale).

Pourtant, les études sur sa composition restent opaques et les conséquences sur l’être humain se révèlent encore approximatives. Ces effets, d’ordinaire instantanés, peuvent être renforcés chez les enfants, les femmes enceintes et les personnes souffrant d’asthme ou de problèmes bronchiques, comme le rapporte le journal Regards.

Le 15 mars 2018, le média indépendant en ligne Reporterre a rappelé que le Défenseur des droits avait relevé dans un rapport que « la police allemande n’utilise pas de gaz lacrymogène, considérant que des personnes non agressives ou non violentes pourraient en subir les effets indûment ». En 2014, une ONG a recensé 39 morts à Bahreïn après l’emploi de gaz lacrymogène par le régime, lors du soulèvement de sa population. La Corée du Sud, mais aussi la France, ont dû stopper l’exportation de cette arme chimique.